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 l'Iliade; et ces deux poèmes durent éclore dans la même
pensée, pour que leur enseignement fut plus frappant encore,
 et pour que la race grecque y trouva une plus fidèle image
 de l'audace juvénile et de la prudence consommée qui se ren-
 contrèrent aussi tout à la fois dans son propre génie.
    Ce n'est pas le sentiment de l'individualité que Virgile re-
 produit lorsqu'il imite l'Iliade; ce n'est pas à l'expérience
 qu'il demande des conseils lorsqu'il imite l'Odyssée. Depuis
 que le vieil Homère a déposé sa glorieuse besace sur les bords
 du tombeau, la personne humaine a accompli dans le monde
 son œuvre d'insurrection ; et du sein même de son indépen-
dance elle a enfanté des doctrines philosophiques qui, dé-
passant les humbles horizons de l'observation, se sont élevées
jusqu'au ciel pour lui dérober de nouveau ses secrets. A cette
variétô**de races, de villes, de lois, de mœurs, qui avait entre-
tenu la liberté du génie grec, a succédé la vaste unité de
l'empire romain, dans laquelle l'individualité, arrivée à ses
derniers excès, va bientôt disparaître encore. Ainsi, à la place
de l'individualité, c'est la société que Virgile chante; à la
place de l'expérience, c'est une philosophie sublime qu'il
consulte. Voyons quels sont les inconvénients et les avantages
de ce changement qui lui a été imposé par celui des siècles.
   La fable de l'Enéide a été, de nos jours, l'objet de savan-
 tes recherches, de vives discussions sur lesquelles nous voulons
passer rapidement. En examinant quelle réalité pouvait seca-
chersous cette fiction,les Schlégel ont loué la sagacité du chan-
tre de Mantoue, Niéburh a poussé le blâme jusqu'à regretter
qu'Auguste n'eut pas accompli les derniers vœux de son
poète. Dès le sixième siècle de leur ville, c'est-à-dire près
de deux cents ans avant la naissance de Virgile, les Romains
avaient admis l'opinion qu'ils descendaient des compagnons
d'Enôe ; ils en avaient fait une sorte de dogme politique, qui
servait de base à leurs traités. On trouve chez les Grecs