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furent trois fois battues et repoussées par les vents et les
Anglais; il y perdit l'honneur et la fortune de l'Espagne.
Après s'être défendue, Elisabeth attaqua à son tour ; D'Es-
sex brûla Cadix, dévasta les côtes du Portugal et menaça
Madrid : cet empire immense , qu'on appelait les Etats es-
pagnols , était un grand corps dont Philippe brisa tous les
ressorts; après lui, ce ne fut plus qu'un je ne sais quoi qui
tombait en dissolution.
La fin du XVIe siècle présente un spectacle curieux : d'un
côté, une grande nation qui s'en va; de l'autre, un grand
empire qui s'élève. L'Angleterre prend en main le sceptre
de l'Océan, sa marine est forte et exercée ; elle commence
à peser d'un grand poids dans la balance européenne, des
ambassadeurs ou des rois de tous les pays viennent re-
connaître sa grandeur et sa puissance ; pendant que Phi-
lippe I I , maître des plus riches pays du monde, laisse
mourir dans ses mains tant de germes de fortune et d'élé-
vation ; il a brisé les antiques Fueros de ses provinces ; il a
mis ses soldats au service d'une religion qui n'a pas besoin
du bras des hommes; son insatiable ambition a fait verser le
plus pur sang espagnol, il a épuisé ses Etats par les impôts,
les guerres, les persécutions ; il a étouffé la pensée, en
augmentant encore les pouvoirs de l'Inquisition, la plus for-
midable machine de compression intellectuelle qui soit sortie
du cerveau des hommes, pour me servir de l'expression de
M. Carné; il a imposé la stérilité à la terre en lui enlevant
les bras qui l'eussent fécondée; il a ruiné l'industrie en s'a-
charnant à la destruction d'une race malheureuse à laquelle
l'Espagne avait dû tant de siècles de prospérité, il s'est dé-
shonoré par une banqueroute infâme, il a tué enfin une na-
tion pleine de santé et de vie...oh ! je ne crois pas Ferreras,
quand il raconte que cet homme-là mourut calme.
Ach. FRANÇOIS.