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328 Aussi, lorsque les battements de ce cœur s'arrêtent, faute d'ou- vrage , la ville n'est plus qu'un corps paralysé auquel on ne peut rendre le mouvement que par le moxa dos commandes ministérielles et le galvanisme des fournitures royales. Alors trente mille métiers s'arrêtent, soixante mille individus se trouvent sans pain , et la faim , mère de la révolte, commence à hurler dans les rues tortueuses de la seconde capitale de France. Lorsque nous passâmes à Lyon , Lyon sortait d'une de ces crises sanglantes. Ses rues étaient encore balafrées , ses maisons croulantes, ses pavés sanglants ; et c'était la seconde fois , depuis trois ans , que se reproduisait cette terrible lutte. C'est que malheureusement il n'en est point des révoltes commerciales comme des émeutes politiques. En politique , les hommes vieillissent, les esprits se calment, les préten- tions se consolident. En commerce, les besoins sont toujours les mêmes et se renouvellent chaque jour ; car il ne s'agit point de faire triompher des utopies sociales, mais de satisfaire des besoins physi- ques. On attend après une loi ; on meurt faute d'un morceau de pain. Pour comble de malheur, Lyon , qui jusqu'à présent Fa emporté , par la supériorité de son dessin et par le moelleux de ses tissus, sur l'Angleterre , la Belgique , la Saxe , la Moravie , la Bohême , la Prusse rhénane et l'Autriche ; Lyon , dont les velours luttent avec ceux de Milan , et les gros do Naples avec ceux d'Italie , vient de voir s'éta- blir une concurrence terrible qui lui était difficile de prévoir et qu'il lui sera impossible d'empêcher. L'Amérique qui, sur les 200,000,000 d'affaires que fait annuellement la cité laborieuse , ou- vrait à elle seule un débouché do 50,000,000 , menace de s'appro- visionner désormais à une autre source. Depuis trois ou quatre ans , ce ne sont plus que des échantillons qu'elle achète : ces échan- tillons , elle les transporte à la Chine , où la douceur du climat per- met au ver à soie de filer son cocon sur le mûrier même , et où le peu de besoin des habitants se satisfait, pendant une année , du salaire qui en France suffit à peine à trois mois. Il en résulte que le peuple chinois, dénué de goût , de variété et d'invention , mais doué du génie du calque et de l'imitation , arrive , dans son tissu et dans son dessin, au même degré de la valeur que l'ouvrier lyon- nais. Mais comme la matière première et la main-d'œuvre sont à vil