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que anglais, beau-père de Frédéric , qui résigna lâchement
sou royaume au Saiut-Siége , se déclara son vassal, s'engagea
à payer à la cour de Rome un tribut annuel de mille marcs
d'argent, et, dépouillé de ses armes et ornements royaux,
se soumit honteusement, à genoux, à la cérémonie humi-
liante de l'hommage, devant un simple légat du pape, assis
sur un trône.
Mais à peine eut-on commencé la lecture de cet acte, que
tous les ambassadeurs d'Angleterre se levèrent spontanément,
et déclarèrent qu'ils s'opposaient à ce qu'on allât plus avant ;
le comte de Norfolk (1) repoussa avec énergie les prétentions
de la cour de Rome. « Je m'étonne, dit-il, qu'on vienne
ici nous parler de la donation du roi Jean, car on devrait
savoir qu'un roi d'Angleterre ne peut, sans le consentement
de ses barons, soumettre le royaume à une domination étran-
gère ; nous ne sommes point venus à ce concile pour laisser
humilier et insulter la nation anglaise ; nous y sommes venus
pour demander justice des exactions et des rapines de la cour
de Rome. Croyez-vous que l'Angleterre puisse voir de sang-
froid tous les bénéfices ecclésiastiques, toutes les richesses
du peuple anglais passer entre les mains du clergé italien,
et qu'elle se laisse encore long-temps écraser de taxes arbi-
traires pour satisfaire votre cupidité? Il est temps qu'un pa-
reil despotisme finisse, et nous demandons qu'on s'occupe
de le faire cesser. »
Le pontife parut d'abord un peu troublé de cette brusque
interpellation, mais, se remettant bientôt, il répondit adroi-
tement que c'était une affaire trop importante et trop déli-
cate pour être traitée légèrement et dans une pareille cir-
constance ; il ajouta qu'on s'en occuperait plus tard ; les am-
(1) Nous avons attribué au comte de Norfolk, comme chef de l'ambassade
anglaise, cette interpellation au pape ; cependant Mathieu Paris dit que ce
fut Guillaume de Pouveric , un des membres de cette ambassade, qui prit
la parole.