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SECONDE A V E N T U R E .
Regina cœlî
lœtate.
Dix ans plus tard , Oger, vainqueur des payens dans
mille combats, revenait de Saint-Denis, où Charlemagne
avait tenu sa cour, vers la belle Gloriande et son fils au
berceau. Mais il allait à petites journées, charmant,
comme ses joyeux compagnons, les ennuis de la route par
les folâtres amours et le banquet hospitalier. Cependant
^Gloriande interrogeait en vain le chemin de France d'un
œil avide et inquiet, et son ame était saisie d'une mortelle
douleur. Peut-être son cher Oger, qui n'a jamais connu
la peur ni la défiance, est-il tombé dans quelque embû-
che de ses ennemis privés ; peut-être a-t-il succombé en
défendant de son corps les intérêts de la veuve et les
droits de l'orphelin ; peut-être encore a-t-il par sa rudesse
et sa franchise attiré sur sa tête la redoutable colère du
souverain.
La dame des fiers Danois ne peut supporter plus long-
temps les images sinistres qui s'emparent de toute son
ame. Elle veut envoyer des messagers fidèles et prudents
pour hâter le retour d'Oger ou pour connaître les causes
d'un retard si douloureux. Elle appelle Anquetin et
Droon , auxquels le bon Danois avait baillé la garde de
sa demeure, de ses grands trésors et de sa famille chérie 5
car en ces deux vieillards il avait mis toute sa confiance.
Anquetin était le père nourricier de son père Gaufroy,