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filles, si ce bel enfant meurt ainsi d'une mort si cruelle.
Mais personne n'osait intercéder en sa faveur. Le bon
archevêque Turpin fut le seul qui brava le courroux de
l'empereur en priant pour Oger.
— Sire, dit-il, grâce pour cet enfant, car il est le
meilleur et le plus malheureux, comme le plus beau de
tous les enfants des hommes. Il est clair qu'il vous fut
livré par une bien noire trahison. Sa marâtre est, vous
le savez, sorcière et fée. Elle a, sans nul doute, par ses
breuvages, troublé la mémoire et la raison du fier Da-
nois. Et Gaufroy n'a plus souvenance du gage précieux
qu'il a remis entre vos mains.
Le messager, chevalier loyai, confirma par serment
les soupçons de l'archevêque. Tous les barons se joigni-
rent à lui pour demander la grâce de l'enfant Ogcr.
L'empereur se décida , non sans peine, à le faire compa-
raître devant son trône pour l'interroger; et, réprimant
son courroux, il interrogea l'enfant avec douceur sur
les faiblesses de son père et les grandes cruautés de sa
marâtre.
— Le corbeau fut maudit, répondit Oger avec une
assurance modeste, pour avoir sali le nid de Son père;
depuis ce temps, il erre inquiet et misérable, le ventre
en proie aux horreurs de la faim, et ne trouve plus pour
se repaître que des chairs corrompues.
Puis il se tut et baissa les yeux comme attendant sa
sentence. 11 cachait ainsi quelques larmes qui roulaient
dans ses yeux , car la mort lui semblait bien amère. Les
barons le louèrent avec transport, et dans toute la noble
assemblée, on n'en eut pas trouvé un seul qui ne pleurai.
Mais Charletnagne ne pleura point.
— Que les fiers Danois soient maudits, s'écria-t-il. Mes