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randole, il se fit homme de lettres. Cela seul, à défaut
d'une date précise, ferait deviner qu'il vécut à une épo-
que de mouvement littéraire, dans un siècle qui prépare
celui de Léon X et de Michel-Ange, où l'on commençait
à sentir les arts, et où l'on ne trouvait point trop désa-
vantageuse l'échange d'une couronne princière contre
quelques rayons de gloire.
   Jean-François P i c , son neveu, à qui il céda ses do-
maines, et qui a écrit sa vie, raconte que sa mère étant
enceinte , fut avertie en songe de la renommée future de
son fils. Notre siècle sourit à de pareils récits, lui qui sou-
met tout à l'analyse et veut tout expliquer ; cependant } il
pourrait, je pense, accueillir cette légende sans renoncer ,
pour cela, à son esprit d'examen et de réserve circons-
pecte : depuis qu'une mère a senti le premier mouvement de
son enfant pendant ce long temps qui précède la nais-
sance, elle se recueille dans sa maternité, elle concentre
ses affections sur cet être qui n'est pas encore bien distinct
d'elle-même ; mais cet amour qui ressemble presque à de
l'égoïsme, elle est impatiente de le porter sur quelque
chose d'extérieur ou de déterminé. Alors, par un enfan-
tement prématuré, son imagination exaltée lui crée un
fils qu'elle se plaît à parer de tous les attraits, à douer
de tous les talents. Pendant plusieurs mois d'attente, elle
mûrit sa tendresse, elle couve ses espérances, et, lorsque,
près du terme, son corps affaibli et souffrant est retenu
sur le lit de douleur, l'imagination prend l'essor de
plus belle dans le monde fantastique des visions et des
songes. Si le fils à qui elle donne le jour ne répond pas
à cet idéal, la pauvre mère écarte et finit par oublier ces
illusions qui nuiraient à sa tendresse ; si, au contraire, le
fils de ses entrailles ressemble à celui de ses pensées, elle