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dédaigne le passé pour l'avenir; il brise indifféremment tout
ce qui obstrue son passage, croyances ou monuments , sans
s'inquiéter comment il reconstruira son œuvre. Fou, accro-
che-toi à tes débris vénérables ; rapsode , à tes nobles chan-
sons. Vous n'arrêterez pas le siècle ; il marchera sur vous :
heureux s'il vous jette, en courant, une monnaie et du
pain !
   Enfants, nés du nouvel âge , encore inaperçu sous l'autre ,
écoutez les paroles des vieillards et les évocations des ruines.
Là est l'expérience des choses, qui vous enseignera la vérité.
TXe joignez pas vos clameurs aux clameurs de la foule dévas-
 tatrice. Profilez de votre halle entre le rapsode et le fou,
 entre la bouffonnerie et la démence , pour sanctifier voire
 âme par la foi religieuse , émanée des évangiles , comme le
 parfum des fleurs. N'insultez pas la veste rouge du paillasse ;
 elle couvre le rapsode. Ne chassez pas le fou de ses vieux
 castels ; il en est le génie tutélaire. La douleur l'a rendu
 muet; votre oubli l'a fait sauvage; les révolutions l'ont
 abreuvé de haine. Enfants, ses tombes furent les berceaux
 de nos mères, les feuillets monumentals de l'histoire. Leurs
 cendres ont fécondé nos moissons. Leurs souvenirs épureront
 nos cœurs. Donnez sa monnaie au rapsode, son morceau de
 pain au fou ; au passé, vos larmes ; au présent, l'espérance ;
  à l'avenir, votre travail ; à tous , votre amour.
                                    A. GAYET-CESENA.