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109 Et vous vous étonnez de n'être pas compris par les masses ; et vous soupirez de vous voir délaissés ? pour moi le contraire seul m'étonnerait, et la protection que vous semblez tenir de haut lieu me paraîtra toujours une énigme ! Quant aux jeunes artistes qu'ont produit les écoles rivales ou qui, soit hasard , soit conviction , ne doivent à aucun sys- tème la marche qu'ils suivent, je les crois en général peu possédés de cet amour du beau qui, seul, donne la réputation et fait éclore les chefs-d'œuvre. A défaut de l'art réel, on s'est contenté du métier; le métier a fait vivre quelques hommes dont les noms ont vécu un quart de siècle déjà . Séduits par la perspective d'une gloire facile, envieux des titres honori- fiques, des pensions, des récompenses de tout genre que pro- diguaient les puissants à tant d'artistes de peu, notre jeune époque s'est ruée autour des noms célèbres, demandant à grands cris des modèles et du talent. Mais, combien de dé- nies brûlants couvaient sous ces jeunes cerveaux; combien de grands et hardis peintres se formaient des conseils des écoles, c'est ce qu'il ne m'apparient pas déjuger; d'ailleurs laissons faire au temps qui développe et mûrit les germes. On peut supposer, pourtant, que l'imitation servile de quel- que maître que ce soit produit peu de fortes organisations. Car parmi les talens d'un ordre supérieur que nous voyons s'élever sur les ruines de l'Académie, il y a peu de succes- seurs , si je puis m'expvimer ainsi, mais seulement des styles individuels, et des spécialités qui ne représentent aucune école, aucun siècle. Le beau, c'est le vrai, c'est l'utile. Mais si le beau est un, ses formes sont multiples, puis chaque type reproduit le caractère et les mœurs de son propriétaire. Il y a donc mille manières, également bonnes, de rendre une pensée palpable. C'est ce que nient les écoles par le fait même de leur existence. De là , tant de calques peureux et abjects. De là , une servilité déplorable. De là , l'inutilité des