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   Et vous vous étonnez de n'être pas compris par les
masses ; et vous soupirez de vous voir délaissés ? pour moi
le contraire seul m'étonnerait, et la protection que vous
semblez tenir de haut lieu me paraîtra toujours une
énigme !
   Quant aux jeunes artistes qu'ont produit les écoles rivales
ou qui, soit hasard , soit conviction , ne doivent à aucun sys-
tème la marche qu'ils suivent, je les crois en général peu
possédés de cet amour du beau qui, seul, donne la réputation
et fait éclore les chefs-d'œuvre. A défaut de l'art réel, on s'est
contenté du métier; le métier a fait vivre quelques hommes
dont les noms ont vécu un quart de siècle déjà. Séduits par
la perspective d'une gloire facile, envieux des titres honori-
fiques, des pensions, des récompenses de tout genre que pro-
diguaient les puissants à tant d'artistes de peu, notre jeune
époque s'est ruée autour des noms célèbres, demandant à
grands cris des modèles et du talent. Mais, combien de dé-
nies brûlants couvaient sous ces jeunes cerveaux; combien
de grands et hardis peintres se formaient des conseils des
écoles, c'est ce qu'il ne m'apparient pas déjuger; d'ailleurs
laissons faire au temps qui développe et mûrit les germes.
On peut supposer, pourtant, que l'imitation servile de quel-
que maître que ce soit produit peu de fortes organisations.
Car parmi les talens d'un ordre supérieur que nous voyons
s'élever sur les ruines de l'Académie, il y a peu de succes-
seurs , si je puis m'expvimer ainsi, mais seulement des styles
individuels, et des spécialités qui ne représentent aucune
école, aucun siècle. Le beau, c'est le vrai, c'est l'utile.
Mais si le beau est un, ses formes sont multiples, puis
chaque type reproduit le caractère et les mœurs de son
propriétaire.
   Il y a donc mille manières, également bonnes, de rendre
une pensée palpable. C'est ce que nient les écoles par le
fait même de leur existence. De là, tant de calques peureux et
abjects. De là, une servilité déplorable. De là, l'inutilité des