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Chinard (1) et l'image de l'habile artiste, dont la mémoire ap-
pelle en vain le monument qu'il s'était promis. Seulement,
à nos regards qui se repliaient vers la droite, un pan de mu-
raille du vieil enclos se dessinait, noir et croulant, parmi les
grands arbres ; tout le reste, feuillage., fleurs , verdure, har-
monie , fraîcheur. Nous avions l'ame remplie de tant de vie 5
de tant de bruit, de tant de flots...; et voilà que , derrière
nous, un pan de nervure se détache du comble et se brise.
Nous nous retournons ; tout ce spectacle de mort et de rui-
nes se dresse à nos yeux! Etrange opposition que fait naître
le même site et qu'embrassait un même coup-d'œil! Alors
nous crûmes sentir au-dedans de nous quelque chose du
néant des fragilités humaines, e t , comme pour achever le
contraste, nos regards errants allèrent tomber sur l'inscrip-
tion du banc de pierre qui venait de nous offrir un appui mo-
mentané. Cette inscription commençait par le mot favori de
la tombe :
CI-GIT.
La façade de l'église est bien conservée ; seulement la
Yierge ne domine plus son portail ; les armes de nos rois
sont effacées ; une feuille nervée manque à la rose.
(1) Chinard (Joseph), habile statuaire , né le 12 février 1756 , mort le
20 juin 1813 ; voir sa Notice , par M.PaSseron, Revue du Lyonnais, t. 1 (juin
1855). La belle statue de la Yierge, en marbre blanc de Carrare, ébau-
chée à Rome et achevée à Lyon , fut commandée', avant la révolution de
89 , par Mgr. Gabriel Cortois de Quincey, évêque de Belley, qui la fît pla-
cer dans une chapelle de sa cathédrale où elle existe encore. ( Manuel des Cé-
rémonies du Diocèse de Belley , pag. 54. )