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296 « On s'occupait à former un cabinet d'histoire naturelle ; il était encore en désordre et fort pauvre. Quelques singes mal empaillés et quelques peaux puantes et rongées dés vers, com- posaient cette collection. C'est la passion de toutes les villes d'a- voir un musée d'histoire naturelle. Il me semble que l'argent qu'il coûtera serait mieux employé à augmenter la bibliothèque ; car on ne peut espérer de composer jamais une collection bien intéressante, à moins de dépenses considérables, et une ving^ taine d'animaux empaillés ne sont bons qu'à amuser quelques badauds oisifs. » M-Mérimée est un peu trop sévère dans ces dernières ré- flexions. Le cabinet d'histoire naturelle de Lyon n'est certes pas riche et n'est point la partie la plus recommandable du Musée ; mais tous les élémens qui le composent sont exactement classés et bien conservés, et ne méritent guère les dénominations peu honnêtes de PE&TJX PUANTES ET RONGÉES DE VERS. « L'école des beaux-arts de Lyon a produit plusieurs artistes célèbres. Elle a un style à elle, et elle possède un mérite rare dans ce temps , celui de chercher une imitation exacte et cons- ciencieuse. J'ai assisté à la distribution des prix, et j'ai été frappé de la jeunesse de la plupart des élèves que l'on a couronnés. « Le plus grand nombre étaient des fils d'ouvriers, qui, au bout d'un an ou deux d'études , deviennent dessinateurs d'orne- mens dans une des nombreuses fabriques d'étoffes de Lyon. Plu- sieurs de ces jeunes gens allaient abandonner leurs études pour se consacrer à cette profession , que l'on dit fort lucrative. J'en ai vu quelques-uns qui annonçaient dételles dispositions, qu'on regrettait de leur voir abandonner une carrière qu'ils auraient parcourue avec distinction. Mais c'est la destinée des arts, dans le temps où nous vivons, de se montrer à la suite et comme .auxiliaires de l'industrie. Au XYIe siècle un Benvenulo Cellini ciselait un vase qui devait décorer la table d'un prince. Aujour- d'hui nous n'avons pas de Benvenuto, mais cent dessinateurs qui travaillent pour autant de fabricans de plaqué, et leurs ouvrages sont sur tous les buffets. « J'ai trouvé chez M. Brun, marchand de curiosités sur la place des Terreaux, le Flabellum de Tournus, qui est parvenu