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46 disait plaisamment que la vitle était bridée; d'autres ajoutaient que l'on voulait re- lever les ruines de la vieille citadelle et en faire une nouvelle à Fourvières, et tous se plaignaient de ce que le duc donnait les biens des absens par confiscation, et des étrangers par droit d'aubaine, aux gens de guerre. Les billets couraient dans toute la ville pour animer les uns et intimider les autres. On fit de secrètes assem- blées, dans les maisons particulières d u résultat desquelles on informait l'archevêque, qui était consulté sur tout. Enfin le 20 septembre, pendant que le consulat était as- semblé dans l'Hôtel-de-VilIe, on vint lui rapporter que quelques gens de guerre, voulant entrer par la porte du pont du Rhône, avaient tué l'un des commis -.à l'ins- tant les barricades furent dressées dans toute la ville. L'avis qu'on répandit que les troupes de Gascogne et de Dauphiné étaient en chemin et fort proche, augmenta le tumulte. Le duc de Nemours apaisa ce premier mouvement ; il s'aboucha le len- demain avec l'archevêque qui le pressa de donner satisfaction aux Lyonnais et d'éloigner ses troupes; la réponse qu'il lui fit donna lieu à penser qu'il projetait tout le contraire. Pendant ce désordre, Beauregard crut devoir se servir de l'occasion pour s'as- surer de Pierre-Scise ; il persuada au capitaine Donat que les Suisses qui étaient à la solde du consulat étant les plus forts, il était à craindre qu'ils ne s'en ren- dissent maîtres; que pour les prévenir il fallait délivrer Dandelot ; il alla ensuite trouver les Suisses, et leur déclara qu'il ne tenait point pour le duc de Nemours, et qu'ils s'étaient obligés par leur serment de n'obéir qu'au Consulat. Le capitaine Donat qui commandait pour le duc pria les prisonniers de se joindre à lui pour faire sortir lesSuisses du château. Beauregard, qui conduisait l'intrigue , fit rester le capitaine dans la salle avec ses gens, et alla se mettre à la tête des Suisses; puis les ayant enlermésen sorte qu'ils ne pouvaient sortir que l'un après l'autre, Dan- delot se présenta avec cinquante Suisses pour se saisir du capitaine, qui ne reconnut que dans ce moment qu'il était trompé. Sur ces entrefaites, Dandelot et Beaure- gard furent avertis que le duc de Nemours apaisait les mécontens de la ville; ils craignirent que si la paix se terminait, ce ne fût pas à leur avantage, et envoyèrent le capitaine Lafont avec deux flacons pleins de poudre et de balles qu'il porta à l'Hôtel-de-Ville; il assura les échevins qu'il y avait dans Pierre-Scise quantité de semblables bouteilles. Le baron de Vaux avec deux échevins montèrent au château, où ils reçurent de la bouche de Dandelot et de Beauregard la confirmation de ce fait. Il n'en fallut pas davantage pour faire dresser les barricades avec une prompti- tude surprenante. A cette seconde émotion le duc de Nemours voulut sortir, et trouva au devant de son logis un procureur qui lui présenta la pique et le fit recu- ler. S'il eût passé cette barricade, il aurait échappé la prison de Pierre-Scise , où il fut conduit l'après-dîner. Dandelot et Beauregard en sortirent triomphans, et furent regardés comme les libérateurs de cette ville. Les principaux amis et ser- viteursrltrdue furent mis en prison, et ses capitaines arrêtés en leur logis. Montréal voulut sortir déguisé sous l'habit d'un muletier d'Auvergne ; sa bonne