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pour leurs fêtes, le Lyonnais devait être placé aux premiers rangs ;
car elles y étaient n o m b r e u s e s , plus ou moins b i z a r r e s , ou s o -
lennelles, t o u t e » présentant les caractères les plus pittoresques
et les plus diversifiés. Celle que nous avons le plus remarquée
parce qu'elle nous a semblé se rattacher à de très-vieux souve-
nirs et être en même temps un bien curieux fait politique, c'est
la fête de Saint-Denis dont nous allons essayer de tracer une
esquisse.
À deux lieues de Lyon , sur la route Chambéry, est bâti un
petit village qu'on appelait autrefois Saiut-Denis-le-Neuf et qu'on
nomme aujourd'hui Saint-Denis-de-Bron. Aucun souvenir du saint
dont il porte le nom ne se rattache à ce lieu ; car on sait que
saint Denis, l'un des sept évêques envoyés par le Saint-Siège
pour catéchiser dans les Gaules, osa s'avancer jusques aux bords
de la Seine où il souffrit le m a r t y r e , après avoir fondé plusieurs
églises et converti à la foi chrétienne bon nombre d'idolâtres.
Les martyrologistes d'Occident apprennent qu'il périt par le
glaive, vers l'an 272. Une femme., nommée Catulla, retira secrè-
tement son corps de la Seine où il avait été j e t é , et l'inhuma
dans un lieu voisin. Il serait donc difficile d'expliquer pourquoi
le neuf octobre, jour auquel l'Eglise célèbre la fête de ce saint,
fut choisi par le peuple lyonnais pour un de ses jours de justice,
de folie et de dévergondage.
C'était une journée impatiemment attendue que celle du 9 oc-
tobre !... c'était un jour de licence, mais aussi un jour de vérité.
Bien des jalousies, des haines pouvaient en profiter pour se sa-
tisfaire ; mais bien d'utiles leçons pouvaient être infligées , en
présence d'une foule i n n o m b r a b l e , aux hommes m a l h o n n ê t e s ,
débauchés ou oppresseurs. En effet, le soleil qui venait éclairer
le jour de la fête de Saint-Denis , annonçait en même temps Ã
tous les habitans du Lyonnais , que les lois qui proscrivent l'in-
sulte , défendent renonciation publique de faits honteux pour
a u t r u i , avaient perdu leur puissance. Aussi, combien ce peuple
b â t é , pressuré par les nobles et par les gouvernans, affamé sou-
vent par de riches spéculateurs , torturé par la haute bourgeoisie
sous les verges de laquelle il travaillait, combien ce peuple avait
hâte d'user du privilège qui lui garantissait pour cette journée