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devenir, étant infiniment bien en cour, n'aurait pas m a n q u é ,
une fois reçu, d'avoir plus de part q u e L a m o t t e à la pension de
Boileau. Il est donc bien aisé de voir que Rousseau, dont les
démarches pour entrer à l'Académie étaient connues au café de
la veuve L a u r e n t , où plusieurs habitués soutenaient hautement
qu'il était indigne de prétendre à cet honneur, avait le plus grand
intérêt à se conduire avec sagesse. On avait eu l'atroce méchan-
ceté de redonner cours à l'ancienne complainte d'Âutreau ; on
avait fait paraître une espèce de Centurie de Nostradamus qui
menaçait l'académie d'avilissement si elle ouvrait ses portes Ã
Rousseau : que devait-il raisonnablement faire au milieu de toutes
ces basses intrigues? les fouler d'un pied méprisant; car la plus
légère imprudence de sa part ruinait infailliblement toutes ses
espérances.
Eh bien, c'est dans ces délicates circonstances, que Rousseau ,
qui n'était point un insensé, a u r a i t , n'écoutant que ses ressenti-
ment , composé de nouveaux couplets, dirigés non-seulement
contre Saurin, Boindin, Lamotte et quelques autres savans ou
littérateurs, mais encore contre Mme la contesse de Verriie, le ba-
ron d e H o g u e r , officier aux gardes Suisses, le chevalier de La-
faye , officier aux gardes Françaises, et sa femme! n o n , la chose
n'est pas possible.
Le 3 février, sur les onze heures du m a t i n , un p a q u e t , à l'a-
dresse de Boindin, est apporté par un décroteur au café de la
veuve Laurent ; Boindin ne se trouvant pas au c a f é , on envoie le
décroteur à son domicile, rue Garancière, et le frère de Boindin
reçoit le paquet. Rentré chez l u i , Boindin ouvre le paquet et voit
qu'il s'agit encore d'un envoi de quatorze nouveaux couplets ; il
se promet de ne parler de cet envoi à personne ; il se borne seule-
ment à prendre de son frère le signalement du décroteur , mais,
le soir, au café, il apprend que le paquet y avait été apporté le
matin, et le bijoutier Malafaire, en ricanant, lui donne à entendre
qu'il en a reçu lui-même un pareil.
Quoiqu'il eût été convenu entre Boindin , L a m o t t e , Saurin et
Malafaire , de ne rien ébruiter , afin d'arriver plus facilement à la
découverte du coupable, Boindin est cependant fort é t o n n é , le
lendemain matin, en entrant au café, de voir que tout le monde