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vous donc là ? Bon! un beefteack d'ours, peut-être ? Garçon! h o l à !
hé garçon, un beefteack d'ours pour deux!
Et il vociférait à plein gosier /frappant la table de son maudit
b â t o n . — Chut! chut! lui fis-je aussitôt, pour l'amour de Dieu,
silence !
Mais mon gaillard e a criait un peu plus haut : Garçon! garçon!
beefteack d'ours pour deux , pour trois ; ce cher abbé en prendra
bien sa p a r t !
M. M apparut à la porte ; mais à peine eut-il entendu le
mot fatal, qu'il s'enfuit comme une ombre.
Notre artiste qui l'avait a p e r ç u , voulut se précipiter à sa pour-
suite-, mais je me précipitai bientôt à la sienne et l'arrêtai par sa
blouse. —De grâce , mon cher , silence et écoutez-moi !
Il se tut enfin ; je le ramenai près de l'abbé et les mis briève-
ment au courant des choses.
Je crus qu'il mourrait de rire. — Parfait! parfait! criait-il : ah !
farceur de Dumas ! farceur de M. M ! nous nous retrouverons ,
va ! Parfait ! parfait !
C'étaientdes exclamations à n'en plus finir : je tremblais que mon
hôte eiit oublié ses oreilles quelque part.
Quant à l'abbé , il me faisait absolument l'effet d'un homme qui
vient de culbuter de trente pieds de haut. Sa simplicité était toute
béante devant l'audace de M . D u m a s . — Paix! paix ! messieurs ,
fis-je soudain, en tressaillant sur ma chaïse.
Je venais de distinguer des voix connues.
M. T r e m p o l o d , sa m è r e , sa femme, sa sœur et sa fille, mon-
taient le grand escalier.
Infortuné M. M , pensai-je tout bas !
En effet, M. M qui avec soninslinctde maître d'hôtel, avait
flairé de loin la famille anglaise , était déjà auprès d'elle, gra-
cieux et plein de zèle.
Nous ne pûmes entendre la conversation ; mais je la devinai
aussitôt, en voyant M. M remonter précipitamment et traver-
ser le grand corridor, le chapeau sur les yeux et les lèvres façon
moue.
(Patience! bon M. M . . . . . , dis-je en moi : mêffie; et ma famille
française qui sera ici après demain ! )