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Sur l'oreiller la tête du malade râlant, il devient triste et rêveur,
et, la tête haute, il semble le veiller.
Voyez encore!
A l'extrémité du pompeux appartement une femme est à ge-
noux, jeune et d'une taille svelte; un long voile tombe de son
front; devant elle est une image de la Vierge.
Elle prie, elle pleure ; ses prières et ses sanglots se confon-
dent, ses prières douces et naïves comme son âme ; car elle disait
en larmoyant :
« 0 tant douce et compatissante vierge Marie, oncques il n'a
« été dit qu'aucun sur la terre ait imploré vainement votre aide
•• et assistance ; oncques vous n'avez délaissé dans les larmes
« celui qui pleurait à vos pieds : je vous invoque donc aujour-
« d'hui avee grande confiance , et vous supplie qu'il vous plaise
« rétablir en santé et joie parfaite mon royal et bien-aimé
« époux ; et je vous promets , ô douce Vierge, de vous faire bâtir
« un bel oratoire, où vous seront chantés vêpres et litanies, et
« seront récitées maintes prières en votre honneur. »
Un mois après Philippe de Safbie se promenait dans ses vastes
jardins ; sa main serrait la main? de sa belle épouse, et Rodolphe ,
le fidèle lévrier , bondissait d'aise à ses côtés.
III.
Son vœu fut exaucé ; mais elle ne put l'accomplir; la mort la
surprit avant son époux, et en 1483, décéda au château du Pont-
d'Ain , Marguerite de Bourbon, laquelle Philippe II avait épousée.,
en nopees légitimes, par contrat de mariage du 6 janvier 1471.
Philippe lui-même ne put exécuter les intentions de sa défunte
femme, mais par un acte fait à Bourg, le 7 mai 1483, il fit Ã
Bertrand de Leuas, prieur de Brou, une donation de 200 florins
de rente, et renouvela le vœu de fonder une église, en son tes-
tament ainsi conçu : « Voulons et ordonnous être enseveli en
« l'église de Brou, en notre chapelle, laquelle , par la grâce de
« Dieu, avons proposé y faire édifier et construire , en l'honneur
« de notre Créateur, de sa glorieuse Mère^ du nom et domina-
« tion de M. Saint-Marc l'évangéliste, et d'y fonder une religion