page suivante »
105
froide el sans couleurs de toutes ces choses aux contours naïfs et
gentillement faits , de tous ces sujets exécutés sur les vitraux,
chatoyant de lumière et de peinture. Mais ce sentiment pas-
sionné , cette rêverie de contemplation, ce dédale de jouissances
intérieures, que nul ne peut expliquer , et qui constitue l'esthé-
tique vivante de l'âme, mes descriptions exactes et symétriques
ne pourront vous les faire partager .Et d'abord je vous parlerai de
la chapelle de Marguerite d'Autriche. Elle est dédiée à la Vierge ;
sur l'autel, un grand tabernacle d'une espèce d'albâtre , de dix-
sept pieds de h a u t , de douze pieds de large, est distribué en six
niches ou cellules, desquelles trois se trouvent à la droite et
trois à la gauche. Chacune de ces niches renferme en plein re-
lief un mystère de la Vierge. C'est l'ange Gabriel qui vient lui
annoncer-l'incarnation : une piété douce et sereine brille sur son
visage virginal. Elle est agenouillée, méditative et priant; son
regard a quelque chose de divin , et une sainte extase anime tous
ses traits. C'est la Visitation; Elisabeth venant dire complimens et
félicitations à Marie et Joseph son époux. C'est la naissance du
Christ; les bergers et bergères portant houlettes et cornemuses.
C'est l'adoration des r o i s , la descente du S a i n t - E s p r i t , et
maints autres pourtraits de saints et saintes, et miraculeuses
aventures, lesquelles sont dépeintes et sculptées avec grande prouesse
et savoir faire. A droite de l'autel, on remarque une petite,chèvre
qui semble vagabonder, quinteuse et incertaine, sur un pilier
du côté de l'épître. Des stalles en marbre blanc revêtent toute la
chapelle; les sièges sont en marbre noir,, et les panneaux pré-
sentent tour à tour les armes de la princesse et les lettres P. M.
Le sanctuaire était pavé de carreaux vernis d'une espèce d'émail,
que le soulier ferré du montagnard et les lourds sabots de l'habi-
tant de la Dombe ont frottés et complètement effacés.
La chapelle des ducs de Pont-de-Vaux, dite aussi de la maison
de Gorrevod , est à côté de celle de la "Vierge. Laurent Gorrevod,
son fondateur, était grand-maître d'Espagne, chevalier de la
toison d ' o r , maréchal du comté de Bourgogne , gouverneur de la
Bresse,, grand écuyer de Savoie, prince du saint E m p i r e , p r e -
mier comte de la terre de Pont-de-Yaux, et duc de Noie en Sicile.
C'était encore au temps où il était coutume de ceux de bonne maison