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Les vieux quartiers de lyon

Fourvière

(Suite)

Ce monument à la Vierge avait été élevé en 1662, en suite du voeu que firent les échevins, le 8 septembre 1643. On sait que la peste désola Lyon à diverses époques, décimant la population {1564,1577, 1582,1628, 1629 et 1643). Ce fut à la suite du fléau de 1643 que le prévôt des marchands, Alexandre Mascranny et les échevins Louis Chapuis, Janton Boniel, Guillaume Lemestre et Jean Pillchotte, prirent une délibération consignée dans les actes consulaires.

On comprendra l'affolement qui régnait alors à Lyon lorsque nous dirons que des tombereaux transportaient les morts dans les terrains vagues avoisinant Ainay, pour y être enterrés immédiatement, et que souvent on y jetait des pestiférés qui respiraient encore. Un historien cite le cas de l'un d'eux qui passa dix heures au milieu des cadavres que les fossoyeurs n'avaient pas eu le temps d'enterrer, et qui reprenant ses forces, réussit à regagner son domicile. La peste fit à Lyon plus de 35.000 victimes. C'est le jeudi 12 mars 1643 que les échevins se réunirent dans la maison qui porte aujourd'hui le n°13, rue de la Poulaillerie, et signèrent l'acte qu'on va lire :

Les dits sieurs ayant mis en considération que le plus grand bien et advantage qu'ils pouvaient procurer à cette ville, étoyt de la mettre soubs la protection toute puissante de la très sainte et immaculée conception Vierge Marie, mère de Jésus-Christ, notre Seigneur, par quel honneur et dévotion extraordinaire que le corps consulaire lui rendrait annuellement.

A quoi faire ils se trouvaient d'autant plus obligés que faisant réflexion sur ce que nonobstant les soings très exacts et le bon ordre fort ponctuellement observé en cette ville depuis l'année 1628, le mal contagieux n'a laissé presque d'y continuer jusqu'à présent de manière qu'il semble n'y avoir lieu d'espérer d'en estre si promptement délivrés par les remèdes humains et pour obtenir du ciel cette grâce il soit nécessaire de recourir puissamment aux intercessions, prières et protections de la très sainte Vierge par quelque dévotion plus grande qu'à l'ordinaire.

Et l'acte se termine ainsi :

Et finalement les dits sieurs, prévôt des marchands et échevins voulant accompagner ces actes extérieurs de dévotion envers ladite Vierge, de la dévotion intérieure du coeur et la continuer par une recognoissance annuelle, ont résolu que tant pour eux pendant les années de leur administration que leurs successeurs ès dites charges, iront à pied, le 8 septembre chaque année, sans robes, néanmoins avec leurs habits ordinaires, en la chapelle de Notre-Dame de Fourvière, pour y ouïr la sainte messe et y faire leurs prières et dévotions à la sainte Vierge et lui offrir en forme d'hommage et de recognoissance la quantité de sept livres de cire blanche en cierges et flambeaux, propres au divin service de ladite chapelle et un escu d'or au soleil. Et ce, pour disposer ladite Vierge à recevoir en sa protection ladite ville.

Dans cet acte les échevins promettaient, en outre, d'élever deux petits oratoires a la sainte Vierge, l'un sur la place du Change, pour lequel ils ne tinrent pas leurs engagements; l'autre est l'édicule du pont du Change qui nous a amené à parler du voeu des échevins.

Ce pèlerinage qui s'est perpétué jusqu'à la Révolution s'est transformé de nos jours en une bénédiction de la ville que l'archevêque de Lyon, assisté de ses grands vicaires, de son chapitre et du clergé, donne chaque année de la terrasse de Fourvière.

N'oublions pas de nous arrêter à mi-côte pour admirer la silhouette du coteau de la Croix-Rousse, la ville, d'où émerge l'hôtel de ville, Saint-Pierre et les flèches de Saint-Nizier, et notons en passant un type qu'on rencontre souvent dans le quartier de Fourvière. C'est l'Ancien curé, que les gamins appellent encore dans leur langage imagé Plein de poux . Avec sa figure rasée toujours soigneusement, ses vêtements en lambeaux, il porte bien les deux noms qu'on lui a donnés. A l'extrémité du Chemin-Neuf, nous trouvons la place des Minimes, paisible jardin public sur lequel s'ouvre la gare du funiculaire de Saint-Just et où prennent jour les fenêtres et la cour de l'institution de Notre-Dame des Minimes. Un monastère fut fondé en cet endroit par les Minimes en 1554 et y eut différentes fortunes. On y venait en pèlerinage pendant là semaine sainte. La place des Minimes était autrefois formée de plusieurs terrasses s'étageant de la montée du Gourguillon au square actuel. Il s'y tenait le marché aux bestiaux, aujourd'hui à Vaise.

C'est sur cette partie de la colline qu'à l'époque romaine se trouvaient disséminés les temples et les chapelles et notamment un laraire impérial dont l'existence fut démontrée par la découverte d'une inscription et d'une lampe en bronze avec dédicace en 1505. (Musée de Lyon.)

C'est dans le jardin des Dames de la Compassion, n° 6 et 8, rue de l'Antiquaille, que se voient encore les restes du Théâtre romain et c'est là qu'ont été découverts, en 1704 et en 1820, les autels d'Antonin et de Commode. On sait que sur ces autels s'accomplissait le sacrifice appelé Taurobole.Un prêtre, prosterné au fond d'une fosse, recevait sur toute sa personne le sang d'un taureau immolé au-dessus de lui. Un de ces monuments commémoratifs est au musée de Lyon.

La rue de l'Antiquaille offre une physionomie spéciale avec ses aveugles, marchands de crayons, de vues lithographiques, et autres pauvres diables qui réclament la charité publique, s'abritant le long du mur de l'hôpital Saint-Pothin. -- La rue de l'Antiquaille vient rejoindre la montée Saint-Barthélémy, en face de l'hospice de l'Antiquaille. En faisant quelques pas sur une double rampe, nous apercevons les premières boutiques d'ex-voto et de cierges de la rue Cléberg. De jeunes voix sortent comme d'un souterrain, douces et harmonieuses, exprimant des cantiques aux rythmes monotones. Descendons dans la chapelle d'où elles s'élèvent. Un grand nombre de religieuses, dont quelques-unes sont assez jolies, se prosternent et gesticulent hiératiquement devant le saint Sacrement. Elles se remplacent continuellement. C'est l'Adoration Perpétuelle.

La rue de Fourvière, comme la montée Saint-Barthélémy, est une ancienne voie romaine qui conduisait du Prétoire au forum. Le Forum occupait le point culminant du plateau. Les vestiges de ses assises, qu'on retrouve sur ce plateau et notamment au n° 3 de la Place, chez les Dames de la Retraite, un mur de 5 mètres d'épaisseur sur 50 mètres de longueur, les sculptures brisées et autres débris importants qu'on trouva sur place, des fûts de colonnes de 2 mètres de diamètre, permettent de juger que le Forum devait être un monument remarquable.

(A suivre.)

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