Sommaire :

    LES PRIX NOBEL

    Pour la troisième fois, la diète norvégienne et les académies suédoises viennent de proclamer les noms des lauréats glorieux. L'Académie de Stockholm a partagé le prix Nobel pour les sciences physiques entre trois de nos compatriotes : M. et Mme Pierre Curie, M. Henri Becquerel.

    M. Becquerel, qui appartient à une famille de savants, est membre de l'Académie des sciences, professeur au Muséum d'histoire naturelle et à l'Ecole polytechnique. C'est à lui que la science doit la découverte des propriétés singulières d'un métal déjà connu : l'uranium. L'uranium et ses composés émettent spontanément des radiations qui, tels les rayons de Roentgen, ont la propriété de traverser certains métaux, d'influencer une plaque photographique à travers un papier noir et de rendre l'air conducteur de l'électricité. Mais ce qui distingue les rayons uraniques des rayons de Roentgen et de toutes les manifestations analogues, c'est leur spontanéité : d'une façon continue l'uranium rayonne de l'énergie, en quantité très faible sans doute, mais sans l'intervention d'aucune force extérieure.

    Le jugement que formulait Mme Curie en 1900 est intéressant à reproduire : L'uranium n'éprouve aucun changement, d'état appréciable, aucune transformation chimique visible; il demeure, en apparence tout au moins, identique à lui-même; la source de l'énergie qu'il dégage reste introuvable, et c'est là peut-être (d'où l'intérêt profond du phénomène) un désaccord avec des lois fondamentales de la science considérées jusqu'ici comme générales.

    Depuis, M. et Mme Curie ont reconnu que d'autres corps, qu'ils appelèrent radio-actifs, possédaient cette propriété, ainsi le thorium. Poursuivant leurs recherches, ils obtinrent, par des procédés purement chimiques, des substances de plus en plus radio-actives. Ils isolèrent enfin un nouveau corps simple, le radium, dont les effets sont un million de fois plus intenses que ceux de l'uranium. Indépendamment de ses propriétés physiques, le radium a une action physiologique puissante sur la peau et les centres nerveux. A travers les étoffes, qui demeurent intactes, il brûle la peau et désorganise les tissus. On a tenté d'utiliser son action pour le traitement du lupus et, tout dernièrement, du cancer. Quel que soit cependant l'intérêt de ces essais, ce n'est pas là le point capital de la découverte, tout entier dans ce fait que le radium nous apparaît comme une source d'énergie : le radium dégage constamment de la lumière, de l'électricité, et sa température est toujours de un degré supérieure à la température ambiante.

    La découverte du radium, -- qu'on la considère au point de vue des propriétés extraordinaires de cette substance, uniques dans leur intensité sinon dans leur espèce, ou bien au point de vue de l'invincible patience avec laquelle les difficultés de la séparation ont été habilement surmontées, ou des idées nouvelles et même révolutionnaires sur la constitution de la matière et sur les réserves et les transformations de l'énergie dans la nature que l'étude de ses propriétés ouvrent à notre esprit -- peut bien être caractérisée comme la plus grande découverte en chimie du temps présent. Tels sont les termes du rapport de la Société royale de Londres, qui décernait il y a quelques jours la médaille Davy à M. et Mme Curie. M. P. Curie est chargé de cours à la Sorbonne et professeur à l'Ecole municipale de physique et de chimie industrielles. Mme Curie, d'origine polonaise, est docteur es sciences et professe à l'Ecole normale de Sèvres.

    Avec les photographies de M. et Mme Curie et de M. Henri Becquerel, nous reproduisons le portrait de M. William Randall Cremer, membre de la Chambre des Communes, le promoteur des conférences interparlementaires de la paix.

    Les autres prix de cette année ont été attribués comme suit:

    1. Physique : M. Svante Arrhénius, professeur suédois.
    2. Médecine : M. Finsen, Danois.
    3. Littérature : M. Bjoernstjerne Bjoernson, le grand poète, dramaturge et romancier norvégien.

    Retour