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CAUSERIE

La caille disparaît ! Un de nos confrères pousse ce cri d'alarme qui va aller droit au cœur de tous les gourmets. Elle disparaît, et le temps n'est pas loin où ce gallinacé dodu qu'on aime voir arriver sur la table, dûment enrobé d'une feuille de vigne et cuirassé de lard, ne sera plus qu'un souvenir.

Au train dont on y va, ce fâcheux événement ne peut tarder à se produire. Capturées par les Égyptiens lors de leur passage dans la vallée du Nil, les cailles sont de là expédiées en Angleterre par quantités énormes. Et comme, durant ce long trajet, elles marquent de soins, il n'en arrive à destination qu'un nombre relativement minime, les autres mourant en route de faim et de soif.

On a bien essayé en France, voici quelques années, d'arrêter ce trafic exterminateur en interdisant le colportage des cailles en temps prohibé ; mais cette mesure n'a pu avoir les effets qu'on en avait attendu, les envois se faisant depuis par d'autres voies. Et il en sera ainsi jusqu'à la disparition à peu près totale de ces délicats oiseaux, Heureusement très prolifiques, ce qui donne encore quelque répit à nos gourmets ; ils peuvent néanmoins se préparer déjà — mânes de Brillât-Savarin, plaignez ce triste sort ! — à en faire leur deuil.

Une autre disparition, non moins regrettable, dont nous sommes menacés, est celle des hirondelles. La gentille messagère du printemps, si souvent chantée par les poètes devient, elle aussi, plus rare d'année en année. On n'en voit pas à l'heure actuelle, dans nos régions, le quart de ce qu'il en venait autrefois, et c'est grand dommage. ces insatiables destructeurs d'insectes étant les plus précieux auxiliaires de notre agriculture.

Dans certains de nos départements du sud-ouest, notamment, on se livre contre les hirondelles à des chasses acharnées, et ce n'est pas seulement en France qu'on poursuit cette destruction méthodique ; il s'en fait aussi, dans les pays où elles vont passer l'hiver, de grandes hécatombes, si bien que ces oiseaux sont exposés, comme les cailles, à disparaître rapidement de nos cités et de nos campagnes.

Rien ne serait plus fâcheux. Car l'hirondelle ne détruit pas seulement les insectes qui dévorent les récoltes, elles font aussi une chasse acharnée, impitoyable, aux mouches et à ces affreux moustiques, dont le nombre s'est accru fabuleusement en ces dernières années, et qui sont — la science l'a aujourd'hui démontré — les plus actifs propagateurs des fièvres paludéennes et même de la lèpre.

Nous apprenions avec plaisir l'année dernière, que sur les instances d'un de nos plus actifs députés de la région, M. Alexandre Bérard, dont le Progrès Illustré a justement publié, ces temps-ci, deux fort intéressantes études, le ministère de l'agriculture avait prescrit des mesures propres à arrêter la destruction de ces utiles oiseaux.

Mais ces mesures ne sauraient être efficaces que si tous les intéressés tiennent la main à leur stricte exécution. Ce n'est pas au surplus en une ou deux années qu'on peut aboutir à un résultat appréciable ; il faut pour cela de la persévérance et une constante sollicitude. Aussi ne saurions-nous trop engager les campagnards comme les citadins à seconder M. Bérard dans la croisade d'un nouveau genre qu'il a entreprise pour la préservation de la poétique Progné, dont l'aile agile nous ramènera non seulement le printemps, mais encore l'abondance et la santé.

Les philatélistes sont dans la joie. Grâce à l'esprit d'initiative du gouverneur de Djibouti leurs précieuses collections vont pouvoir s'enrichir d'un timbre d'un modèle assez original, d'un demi-timbre pour mieux dire, puisqu'il ne s'agit que de la moitié de ces petites vignettes.

Par suite de l'heureuse extension prise en ces derniers temps par notre colonie de la côte orientale d'Afrique, les correspondances pour la France s'y sont tellement multipliées que l'administration des postes fut, il y a quelques mois, prise au dépourvu : elle n'avait plus de timbres de quinze centimes pour l'affranchissement des lettres. Les seuls qui lui restassent en quantité étaient les timbres à dix centimes dont l'usage est beaucoup moins fréquent.

Cela ne faisait point l'affaire. L'administration centrale fut avisée de ce contretemps; mais les timbres demandés tardant à arriver, les colons portèrent leurs doléances au gouverneur. Celui-ci s'avisa alors du stratagème suivant : il prit un arrêté autorisant à couper en deux parties les timbres de dix centimes, de façon qu'avec un timbre entier et un de ces demi-timbres en sus, l'affranchissement fût complet. Les collectionneurs vont sûrement s'arracher ces moitiés de vignettes.

Profitons de l'occasion pour leur apprendre que cette idée ingénieuse n'en est pas à sa première application. Un de nos vieux amis, M. Victor G..., nous a raconté comment il avait eu, lui aussi, l'occasion de la mettre en pratique. C'était aux environs du 1er janvier, pendant la guerre de 1870-71 ; notre ami était alors employé des postes à Saint-Sienne.

Or, à ce moment, les cartes de visite s'affranchissaient à dix centimes, et les timbres de cette valeur faisaient défaut. N'ayant pas qualité, comme le gouverneur de Djibouti, pour prendre un arrêté, mais désireux de s'éviter les longues formalités de l'affranchissement en numéraire, il s'avisa de couper en diagonale des timbres bleus à vingt centimes, et bravement il colla ces demi-timbres sur les cartes déposées à son guichet. C'était loin d'être régulier, mais en ces temps troublés on n'y regardait pas de si près, et cela passa... comme une lettre à la poste. Avis aux collectionneurs !

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