page suivante »
82 LA REVUE LYONNAISE
d'Assonleville, représentaient avant tout, malgré la noblesse de leur origine
l'élément démagogique et avec lui le désordre, la sédition, le meurtre, la ruine.
La prédication du nouvel Evangile n'est qu'un moyen d'exciter les populations
contre l'autorité royale et l'autorité ecclésiastique: sur les débris de ces deux
pouvoirs, « l'on, forgera une nouvelle république », écrit le Président Viglius Ã
Granvelle; les provinces se fédéreront, «le Conseil d'État aura la superintendance
des affaires », le peuple semblera le maître; mais, au fond, la puissance restera
concentrée en un petit nombre de mains qui obéiront elles-mêmes au prince
d'Orange, l'allié et l'ami deila noblesse protestante d'Allemagne, qui a déjÃ
gouverné sous la régence de Marguerite de Parme, qui s'affirme catholique
fidèle et le plus loyal serviteur du roi, qui blâme même hautement les excès des
conjurés, mais les laisse agir, jusqu'au jour où il pourra s'emparer d'un protec-
torat secrètement convoité. Si, suivant le conseil de Granvelle, Philippe II eût
payé les dettes du Taciturne avec la vice-royauté de Sicile, il serait sans doute
resté beaucoup de calvinistes à Anvers, mais jamais la Révolution des Pay r s-Bas
ne se serait accomplie, qui sait même ? Malte menacée par les Turcs eût peut-être
compté un puissant défenseur de plus.
L'ambition de quelques hommes a donc, sous le masque religieux, seule déchaîné
la populace dans les futures Provinces-Unies, et seule provoqué les odieuses scènes
de dévastation qui précédèrent l'expédition du duc d'Albe, comme la Réforme,
essentiellement féodale à son début en France, fut une insurrection des seigneurs
mécontents, contre le pouvoir des Valois. Ceci n'est pas douteux, et la richesse
des documents diplomatiques dont M. Kervyn de Lettenhove a disposé ne lui
laisse que l'embarras du choix à faire pour le démontrer. Huguenots français,
Gueux des Pays-Bas se donnaient la main par-dessus la frontière pour atteindre
un but semblable, ceci est encore facile à comprendre, parce que c'était logique :
mais ce but était avant tout politique, ainsi que l'attestent les relations des
réformés français avec l'Allemagne protestante ou avec l'Angleterre, comme
le prouve le projet conçu par Goligny de s'allier avec Philippe II lui-même,
l'implacable ennemi de la France, au moment où une querelle de préséance Ã
Rome menaçait de troubler la paix entre les deux couronnes ; cette conclusion
se dégage très nettement du premier volume de l'historien flamand, et ne saurait
plus désormais, paraît-il, être discutée après lui.
Je n'oserais pourtant en dire autant des lignes qui terminent le chapitre con-
sacré à la célèbre, mais mystérieuse entrevue de Bayonne. On sait que le 15 juin
1565, Catherine de Médicis, accompagnée de son jeune fils, Charles IX, se ren-
contra à Bayonne avec la reine d'Espagne, sa fille, qu'escoi taient le duc d'Albe
et l'ambassadeur espagnol, don Francès de Alava. Que se passa-t-il dans cette
conférence et quelles secrètes résolutions y furent prises? La journée de la Saint-
Barthélémy y fut-elle arrêtée et la fille des Médicis s'y engagea-t-clle, sous la
pression des envoyés de Philippe II, à détruire, à marteler les protestants de son
royaume? Le projet du massacre fut-il limité à quelques têtes, à celle du prince
de Condé et de l'amiral de Goligny, ou étendu à tous les réformés en général?
C'est un problème qui a exercé non seulement les contemporains, niais encore
•les modernes, et sur Iequei, maigre les études les plus remarquables, la lumière
•ne semble pas encore faite. D'après M. Kervyn de Lettenhove, Catherine aurait
•résisté d'abord au duc d'Albe, puis elle aurait cédé et aurait promis de faire un
j o u r tomber la tête des principaux chefs huguenots. C'est l'opinion de l'ambaa-