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                                       PÉLIBRIGE                                             73
 et que j'amène la fille. Vous pouvez nettoyer, mère : Dimanche prochain la
 belle princesse sera dans notre maison.
    Et, sans plus dire, le faraud se dirigea vers le château royal.
    Le long du chemin, il rencontre un homme et une femme qui demandaient
 leur pain. Gomme le garçon grignotait une fougasse , on lui demande un mor-
 ceau de pain au nom do Dieu.
    — Je ne peux pas vous donner, répond le faraud.
    — Il y a troisjours que je n'ai rien mangé, dit la femme, je n'en peux plus ja
 meurs d'inanition ; jeune homme, ayez pitié de moi.
    — Menteuse, tu n'as pas les dents assez longues et elles sont trop blanches
 pour ça; et puis, ajouta le faraud, tu es restée trois jours, tu peux rester demi-
heure de plus. Quand on a passé la mer, on peut passer le Rhône. Le village
n'est pas loin, il y a des gens qui te donneront là-bas. Mes provisions sont
trop maigres, nous sommes aux grands jours et le chemin est long.
   Gela dit, le faraud lui tourne les talons et s'en va on grommelant : Eh bien, tu
vois, je vais lui donner ma fougasse, puis après je mangerai du vent et de la
mousse, moi !
   Il chemine encore. A force de marcher, il arrive enfin à la porte du château,
il frappe et on vient lui ouvrir.
   — Bonsoir, tous, et la compagnie, dit le faraud... Cet homme n'y est pas?
   — Quel homme? lui répond la servante.
   — Voyez la, hein ! il semble que vous ne le savez pas quel homme             hé !
monsieur Sire, pardi ! Je viens lui garder ses lapins.
   — Ah ! tu es brave, faraud... j e vais lui dire tout de suite.
   Et le Roi prévenu le fit bien souper.
   Le lendemain matin, on lui donna dans un grand panier sept lapins bien
comptés: Blanquet, Noiret, Tiousset, Rapiécé, Museau-Blanc,            Courte-Queue
et Garrigou.


 Poudès escura, maire, dimenche que vèn la bello princesso Sara dins nosto oustau; e sens
 mai lou farot s'adraio vers lou eastèu reiau.
   De-long doueamin, rescontro un orne em'uno femo que demandavon soun pan ; coume lou
 drôle grignoutavo une fougasseto, ie demandon un tros de pan au noum de IMéu.
   — Pode pas vou douna, ie respon lou farot.
   • • Ta très jour qu'ai rèn manja, azardè la femeto, n'en pode plus ; more d'anequeli, jouvènt
    —
 agues pie ta de iéu.
    • Messourguiero, as li dent pas proun longoe trop blanco pèr aeô, e pièi, ajusto lou farot,
    —
 s'as resta très jour pos bèn resta miech-oureto de mai; quand avès passa la mar poudès
 passa lou Rose. Lou village es pas liuen, u'i'a que vous dounaran, alin. Ma biasso es trop
 pieboto; sitin i grand jour, e lou camin es long.
   Acô di, lou farot ie viro li taloun, e s'envai en roumiéutejant : Eh o ! tè! ie vau baia ma
fougasseto, pièi goustarai de regardello.
    Gamino, e eamino que eaminaras! A forço de camina arrivo à la porto dou eastèu; pico,
fe ie vènon durbi.
   — Bonvèspre, touti, à la coumpagno ; digue lou farot. Aquel orne i'es pas?
   — Quinte orne, ie respond ia servieialo?
   — Ve-la, ve! somblo que lou sabès pas, quinte ome          Moussu lou rèi. le vène garda si
lapin.
   — Ah! sies brave, farot; ie vau dire tout-d'un tèms...
   E lou réi, prevengu, iou faguè ben soupa.
   L'endeman de matin, is dounon dins un tareirôu set lapin bèn coumta, blanquet, negret,
rousset, pedassa, mourre blanc, courto co, garrigau.