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LES TABLEAUX D'ALBERT DURER 253
« Chappelet est ung nom mondain, et Psaultier ung nom spiri-
tuel, » dit un vieux manuscrit "de la fin du quinzième siècle. L'usage.,
des grains enfilés pour la supputation des nombres et des cal-
culs est d'une antiquité reculée. Les Romains, et avant eux les
Orientaux, s'en servaient; ces derniers s'en servent encore. On croit
que ce fut d'eux que Pierre l'Ermite emprunta le chapelet lors de
la première croisade pour l'usage des croisés qui ne savaient point:
lire. On a trouvé des grains percés, dans le tombeau de sainte Ger-^
trude de Nevelle, morte en 667 et dans celui de saint Robert (1134),
qui ne peuvent appartenir qu'Ã des fragments de chapelets.
Cet usage de dévotion est donc fort ancien. Or, chapelet, vient de
chapel, ou chapeau de roses, ornement dont usaient les profanes
aux jours de fête, particulièrement au treizième siècle. Une telle
couronne est, en effet, formée de fleurs enfilées ou liées dans la
même forme que le chapelet des religieux.
On appelle aussi de ce nom de chapel de roses, en jurispru-
dence, un léger don que le père fait à sa fille en la mariant pour lui
tenir lieu de ce qui lui reviendrait pour sa part et portion. C'est
par allusion à la guirlande — aujourd'hui de fleurs d'oranger —
autrefois de roses blanches, et même d'or ou d'argent que les filles
portent encore de nos jours à la bénédiction nuptiale. Les « chapels
de roses » étaient d'un usage fréquent et ordinaire au dix-huitième1
siècle.
Le roi des vers ou roi du Puy (de Podium, estrade, lieu élevé),
comme on disait dans le nord de la France, recevait une couronne
de roses pour prix de sa victoire et pour emblème de son élévation.-
Hommes et femmes, filles et garçons, seigneurs et moines, se
couronnaient de roses aux fêtes et solennités publiques.
•A Paris, les chapeliers de roses formaient à eux seuls une-
corporation. Les fils de saint Louis se couronnaient habituellement,
de roses, et le saint roi, leur père, ne leur demandait de s'abstenir
de cette coiffure de fête que le Vendredi-Saint, jour où Notre
Seigneur fut couronné d'épines.
On dit que Jean de Vicence, célèbre prédicateur, dut défendre Ã
ses nombreux auditeurs de se rendre à ses pieuses exhortations
avec la coiffure de fête alors populaire, et dans les statuts d'un
chapitre de chanoines, un article spécial interdit à ces prêtres de