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                           BENOIT PONCET                             197
 du Rhône. Le centre de Lyon devenait ce que nous voyons deve-
 nues les rues Lainerie et de la Juiverie. Petit mal aux yeux des
indifférents, grand aux yeux de ceux qui tiennent les droits acquis
pour respectables et qui sont préoccupés de toujours bouleverser
le moins possible les intérêts. Enfin, en osant plus qu'il n'était alors
permis à un esprit prudent, M. Vaïsse a prouvé qu'il voyait juste.
   Quelques archéologues zélés ont pu regretter de voir disparaître
le Lyon de nos pères. Il faut reconnaître franchement, si exigeant
que l'on doive être sous ce rapport, que les quartiers détruits n'of-
fraient pas, en général, d'intérêt artistique et que* pour quelques
curieux fragments de ferronnerie, pour quelques motifs intéres-
sants d'architecture, on ne pouvait reculer devant une régénération
nécessaire.
                                  *

    Le percement de la rue Impériale ne comportait pas seulement
 la reconstruction des maisons expropriées, M. Vaïsse comptait
 beaucoup sur la reconstruction des maisons voisines par voie de
 simple alignement. Beaucoup de ces maisons en effet, non seulement
par la médiocre qualité de leur construction, mais par la disposi-
tion des arcs de boutique en façade, ne pouvaient se maintenir sans
l'appui du voisin, et d'autre part, les règlements de voirie interdi-
saient d'y faire des travaux confortatifs. La maison contiguë ainsi
démolie entraînait alors la chute de sa voisine à la suite, et ainsi du
reste, comme des capucins de cartes.
   Ceci était encore une expropriation, mais cette fois une expro-
priation sans indemnité, puisque la ville se contentait de payer le
terrain cédé à la voie publique, au prix marchand du terrain, an-
térieurement à toute plus-value acquise.
   Ces faits qui se renouvelèrent sur tous les points de la ville, atti-
rèrent à M. Vaïsse de terribles inimitiés, et furent une des grandes
causes de l'impopularité de son administration dans une notable
partie de la bourgeoisie. La reconstruction n'était pas toujours du
goût des propriétaires, ni dans leurs moyens. Quelquefois elle était
fort onéreuse, parce qu'elle ne laissait aux maisons rebâties que des
emplacements beaucoup moindres que précédemment. Elle pouvait
même être la ruine, car elle pouvait laisser des emplacements trop