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Conclusions.
Au moment de conclure, je suis frappé par une comparaison sugges-
tive et qui n'est peut-être pas inutile : en changeant quelques mots à ce
que je viens d'écrire, j'ai l'impression, obsession lancinante, d'avoir tracé
un tableau résumé du développement de la Médecine.
La chose est bien naturelle : au fonds, le médecin doit apprécier les
troubles de la circulation de son patient, avec leurs conséquences, tout
comme le météorologiste suppute les anomalies de la circulation de l'at-
mosphère, avec leurs résultats, à tel point qu'un auteur éminent en étu-
diant notre pauvre petite planète ne craint pas d'intituler sa recherche :
La respiration de la Terre \
Et si les honneurs atteignent plutôt les disciples d'Esculape, la Méde-
cine et la Météorologie sont du moins étroitement unies dans l'adversité.
Toutes deux ne sont pas des sciences : ce sont des arts. Elles ne
pourront aspirer au titre de sciences que lorsque, dégagées des préjugés
et routines, des remèdes aléatoires et des pronostics douteux, elles sau-
ront énoncer des règles précises, capables de supporter le contrôle du
Nombre : le laboratoire et l'exactitude remplaceront toutes ces choses
imprécises comme le sentiment, l'impression, le flair, qui relèvent de la
fantaisie artistique.
Toutes deux ont tendance à déguiser par des mots leur insuffisance
technique. Je ne me permettrais pas de badiner avec ce que d'aucuns ont
appelé le jargon médical, mais je constate que les météorologistes abusent
peut-être un peu des expressions qui les éloignent du public, soit avec
ruban de grain, anticyclone, vents divergents par excès, zone d'appel,
noyau de variation, soit en butinant chez les Hellènes avec leurs millibars,
isothères, isochimènes, etc.. Que tout cela est donc savant ! Mais, est-ce
bien réellement indispensable : ce que l'on conçoit bien ne saurait-il plus
s'énoncer clairement ?
Toutes deux sont une cible idéale pour les sarcasmes de la sottise
1. Ch. Lallemand, Bull, de la Soc. Astron. de Pr., 1910, pp. 516 et 539 ; voir aussi Annuaire du B. des
Longit., 1910, et C. Rendus Acad. des Se, 1909.