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— II — Messire Antoine Lacroix, doué d'un véritable sens artistique et d'une rare perspicacité, sut bien vite discerner le grand talent que laissaient pressentir les premiers essais du jeune artiste. Il se lia plus particulièrement avec lui et l'engagea vivement à venir faire un séjour à Lyon. Soufflot, avant que de § rentrer à Paris, désirait visiter la Grèce et l'Asie Mineure pour y étudier les monuments de l'antiquité Néanmoins, il promit à son ami, le chanoine, de ne point rentrer dans la capitale sans s'arrêter quelque temps dans sa ville. Après un séjour de quelques mois en Italie, l'abbé Lacroix et ses com- pagnons de voyage regagnèrent Lyon. Quelques difficultés attendaient le grand obéancier de Saint-Just lors- qu'il revint prendre sa place à la tête de son chapitre. Ses chanoines se plai- gnirent amèrement à lui d'être astreints à un vœu de pauvreté qu'ils n'avaient pas prononcé. Leurs nombreuses et justes représentations n'avaient pas été sans troubler quelque peu la fin du séjour en Italie de messire Lacroix. En fait, si le canonicat de la première paroisse de la ville rappor- tait beaucoup d'honneurs à ses titulaires, la prébende était, hélas, fort légère, la paroisse de Saint-Just, peuplée surtout d'ouvriers, des tisseurs pour la plupart, était peu riche. Quatre dignitaires et vingt chanoines se partageaient les rares bénéfices du casuel et les rentes des baronnies. Après de nombreuses démarches et plusieurs voyages à Paris, le grand obéancier obtenait enfin, en 1747, grâce à l'appui dont il jouissait à la cour, des lettres patentes du roi supprimant deux dignités et sept canonicats. Ce nouvel état de choses, ramenant à vingt le nombre des bénéficiaires, laissait ainsi à chacun une part plus intéressante dans les revenus du chapitre. Cependant qu'il faisait à Paris les démarches nécessaires pour l'amélio- ration du sort de ses chanoines, messire Lacroix restait en correspondance suivie avec son jeune ami Soufflot, espérant le décider à venir s'installer à Lyon. Bientôt, deux circonstances lui permirent de présenter à l'habile architecte des propositions fermes et avantageuses. Monsieur Jean de La- croix-Laval, son frère aîné, sacrifiant au goût du jour, décidait de faire construire une maison particulière sur la promenade des Remparts qui, longeant le confluent du Rhône et de la Saône, terminait la ville au sud. D'autre part les pères Chartreux, qui désiraient terminer leur chapelle com- mencée depuis près de quatre-vingts ans, étaient en difficulté avec leur