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      En s'occupant des affaires d'autrui, il avait négligé les siennes propres et par là
entamé fortement sa fortune, dissipée d'autre part par sa femme en vaines dépenses de
luxe et de représentation. Si bien que le chanoine Dominique, son fils aîné, qu'il avait
institué son héritier universel, se vit réduit à n'accepter sa succession que sous béné-
fice d'inventaire. Pour en opérer la liquidation, il dut vendre une partie des biens
paternels et, entre autres, le domaine familial de la Platière, à Thizy. A la faveur de
charges dont il supporta le poids durant de longues années, il put toutefois conserver
le Clos de Thei^é et la maison de Villefranche.
      C'est au premier étage de cette maison qu'il habitait avec sa mère, âgée et aca-
riâtre, et un de ses frères, Laurent, prêtre résidant à Villefranche. Pendant leur séjour
à Villefranche, Roland et sa femme occupèrent, dans le bâtiment au midi, le logement
du deuxième étage. La porte principale ouvrant sur le grand escalier franchie, on se
trouvait dans un vestibule meublé d'une grande armoire à six portes. A main droite, le
cabinet prenant jour par deux fenêtres sur la grande-rue ; deux bureaux à deux tiroirs,
une bibliothèque garnie de livres, quelques estampes, des « objets relatifs aux arts et
aux sciences », six chaises empaillées composaient l'ameublement. A main gauche du
vestibule, trois chambres en enfilade prenant jour chacune par une fenêtre sur la rue
 Noaillat, les deux premières exiguës, la dernière un peu plus vaste, sa largeur étant
augmentée de la saillie sur la rue du pan de mur en encorbellement. Elle est la seule de
l'appartement qui n'ait pas été complètement modernisée. La cheminée de pierre a
été abattue mais sa place est marquée par les restes des corbeaux martelés qui soute-
naient le bandeau, le cadre en menuiserie de l'alcôve aux courbes élégantes a été
conservé ainsi que l'étroite porte « prenant son entrée dans le petit escalier dérobé ».
      L'inventaire qui a été dressé du mobilier, le 18 germinal an II (7 avril 1794),
permet de reconstituer par la pensée l'aspect de cette pièce qui était la chambre à
coucher des époux Roland : dans l'alcôve garnie de rideaux de cotonne flambée, le lit
de noyer avec ses rideaux, pentes, surciel et dossier d'imberline blanche à grandes
raies bleues ; à la fenêtre, des rideaux aussi de cotonne flambée ; contre la cloison, en
face du lit, une commode « ébénistée » à table de marbre et à trois tiroirs ; aux murs,
trois tableaux de famille à cadres dorés, dont deux sous verre — portraits au pastel,
sans doute — ; et de ci de là deux petites tables de noyer, deux chaises « bourrées », un
tabouret en tapisserie, quelques chaises de paille ; enfin, à terre, sur le carrelage, un
petit tapis.
      C'est dans cet intérieur plus que modeste que vécurent les Roland jusqu'au
moment où ils se rendirent précipitamment à Paris pour prendre part avec leurs amis
au mouvement qui se dessinait et dont ils attendaient le triomphe de leurs idées.
Emportés par le torrent qu'ils furent impuissants à maîtriser, ni l'un ni l'autre ne
devait revenir.
      Laurent Roland était mort en 1782, Thérèse Bessie, morte en 1790, le chanoine
Dominique, à son tour, périssait sur l'échafaud (22 décembre 1793), la maison restait
vide. Eudora hérita de son père, de sa mère et de son oncle Dominique, sauf à partager
avec un autre de ses oncles, l'ex-bénédictin Jacques-Marie Roland, alors retiré Ã