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266 LA VIE HT LES TRAVAUX DE M. L'ABBE GUINAND et aux travaux de ses Commissions. Il y apportait les vues d'une science profonde et originale. On a pu dire de lui qu'il était un des derniers survivants de cette vaillante école libérale qui a produit notamment les Montalembert, les Dupanloup, les Lacordaire, les Gratry. Il en avait toutes les aspirations généreuses, et aucune des questions d'assistance et d'amélioration maté- rielle et morale des masses ouvrières ne le trouvait indiffé- rent ( i ) . A ceux qui, dans ce qu'on appelle parfois les classes dirigeantes, déplorent les dissidences de principes et d'opinion dont notre époque offre trop souvent le troublant spectacle, il tenait les paroles les plus réconfortantes, telles que celles-ci qu'un de ses amis nous a rapportées : « Si les temps sont mauvais, soyez meilleurs que votre temps ; si les âmes sont basses, tenez la vôtre plus haute que les autres ; si votre génération égarée a perdu son chemin et ne sait plus où elle va, soyez sa lumière... quoi qu'il arrive ne perdez jamais courage. » Cependant les années étaient survenues, courbant sa haute stature sans amoindrir son zèle ni son intelligence. L'altération profonde de sa vue lui rendait de plus en plus difficile l'assiduité à nos séances. Depuis dix ans membre émérite, nous ne le revoyions que de loin en loin, mais il nous appartenait toujours de cœur et d'esprit. La mort l'a saisi presque à la fin de sa quatre-vingt- sixième année, plein de foi et d'espérance en la vie future, entouré de l'affection de ses anciens élèves, de la haute ( i ) C'est sur l'initiative et par les soins de l'abbé Guinand, qu'ont été fondés, en 1873, les Cercles catholiques d'ouvriers dans la ville de Lvon.