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                      ET LES BÉNÉDICTINS                     IO3

 une lettre d'Anisson, libraire à Lyon, qui mandait à cette
 Eminence que le Père Mabillon était à Lyon le 5 avril, et
 qu'il lui avait donné un de ses frères pour l'accompagner,
 et qu'il prenait sa route par Turin, par Milan et par
 Venise ; s'il fait ce grand tour, nous ne l'aurons pas de sitôt
 ici (7). »
    Ce qui préoccupait le plus le Père Procureur, très au
 courant de l'opinion romaine, ce qui allait jusqu'à l'embar-
rasser, c'était le caractère officiel dont ses deux collègues
 étaient revêtus. Il redoutait pour eux plus d'embarras que
de commodités dans leur titre d'envoyés du roi ; les esprits
étaient trop montés contre la France et on ne devait pas
voir d'un œil tranquille une mission, même purement
scientifique, décidée par son gouvernement. Les premières
recommandations confirmèrent donc ce qu'il avait déjà à
maintes reprises exprimé dans sa correspondance :
    « Nous attendons le Père Mabillon, annonçait-il à
M. Bulteau, avec impatience; mais nous nous donnerons
bien de garde de dire que c'est le roi qui l'envoie. »
    Et quelques jours après il revenait là-dessus : « Son
Eminence Casanata me montra une lettre où Ton dit que
Dom Mabillon vient par ordre du roi et à ses frais. Nous
nous serions bien donné garde de le publier, crainte que
cela ne donnât de l'ombrage à des gens qui en sont naturel-
lement remplis (8). »
    De tels avis n'étaient pas tombés dans l'oreille d'un sourd :
nos religieux firent oublier à force de modestie qui les avait


  (7) Lettre de Dom Durand à M. Bulteau à Saint-Germain-des-Prés.
24 avril 1685. F. F. 19643.
  (8) Fonds franc. 19644. Correspondance de Dom Estiennot à
M. Bulteau. De Rome, 27 mars et 26 avril 1685.