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LES GLACIERS DU LYONNAIS 223 gesse des nations, celui-là seul rira bien qui rira le dernier. Il ne croit pas non plus que les Alpes aient jamais eu une hauteur à peu près double de celle qu'elles ont actuelle- ment. Pour se convaincre de cela, c'est un peu plus difficile que de feuilleter dans son cabinet quelques vieux auteurs. Il faut, comme les géologues qui ont constaté ces faits, parcourir à pied, le mètre et la chaine d'arpenteur à la main, les vallées du Rhône, de la Durance, de FIsère, du Pô, du Rhin, du Danube, etc. Là , M. Steyert pourra cuber tous les matériaux lentement arrachés aux roches alpestres par les cours d'eau qui en descendent et se convaincre que leur masse réunie égalerait celle des montagnes encore en place. Comme le périmètre de ces dernières n'était certai- nement pas beaucoup plus vaste qu'il ne l'est aujourd'hui, il faut donc que ce soit leur hauteur qui ait fourni ces milliers de kilomètres cubes et un calcul approximatif dé- montre que cette hauteur a dû être double environ de ce qu'elle est aujourd'hui. Mais, encore une fois, je n'ai jamais dit ni pensé que les Alpes et le lac Triton fussent les seules et uniques cau- ses de la période glaciaire. Sans cela, comment expliquer l'existence de cette période en Amérique ? J'ai voulu seule- ment vous prémunir, par une comparaison nécessairement boiteuse, contre ce vieux dogme a priori des cataclysmes, des « révolutions du globe » auquel rien, dans les innom- brables faits enregistrés jusqu'à ce jour, ne m'autorise à croire, au contraire, c'est-à -dire que, bien loin d'échafauder une théorie nouvelle, j'ai voulu en battre en brèche une ancienne — et voilà tout. Pardonnez-moi donc, mon cher ami, ce long plaidoyer pro domo et croyez-moi toujours votre tout dévoué. E. PÉLAGAUD.