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Il8                  PIERRE ET JEANNETTE
parlait de l'étendue de l'Océan, de la hauteur de monta-
gnes qui surpassaient huit fois, dix fois, celles qui les en-
touraient. Enfin, il leur donnait une idée juste de tous les
rapports entre les objets si variés dont la surface du globe
est composée.
    Il dessinait devant eux, sur le sable, les divers pays, et
leur en dépeignait les habitants. Ce voyage qu'il leur faisait
faire devenait pour eux une récréation mille fois plus
agréable, avouaient-ils, que la visite au cabaret qui était
autrefois leur stupide plaisir du dimanche.
    Je me mêlais souvent à ces conversations et j'ajoutais
 quelques mots.
    C'est ainsi que nous faisions, autant que nous le pou-
vions, l'éducation morale et intellectuelle de nos braves
habitants de Beauregard. Ce hameau est devenu une petite
colonie modèle où régnent le soin, l'ordre, la propreté, le
 goût, une certaine instruction, tout cela allié au respect, à la
politesse, à la douceur des mœurs. Il donnera, je l'espère,
 l'élan aux hameaux voisins, à la commune entière ; et qui
 sait si cet heureux essor ne s'étendra pas à tout le canton ?
    Nous avons fait, Pierre et moi, aidés de nos zélées com-
 pagnes, tout ce que notre amour pour notre pays nous a
inspiré. — Nos enfants s'élèvent agréablement sous nos
yeux. A l'instant où j'écris ces souvenirs, mon petit Charles
a déjà douze ans ; la petite Pauline en a huit ; Jean dix. Le
plus grand bonheur de ces trois enfants est de jouer en-
semble, de travailler ensemble. Je ne suis pas du tout
humilié de voir mon fils partager l'existence de ses petits
voisins, paysans très-bien élevés. Je ne veux pas qu'il se
croie au-dessus d'eux. Les nobles coeurs de simples villa-
geois égalent, à mes yeux, les plus hauts titres des descen-
dants des croisés.
  Un petit garçon, qui a pris, d'après Mrae Louise Riche-