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I
220 VIVE LA FRANCE !
mains de Marguerite tremblèrent en la touchant.. Il en
l'avait point oublié ; il ne l'oublierait jamais !
Le soldat racontait que les Parisiens avaient tout d'abord
bien accueilli les mobiles de province, — eux qui devaient
leur reprocher, plus tard, d'être venu dans la capitale pour
être un embarras de plus, « et épuiser leurs vivres! »
La missive de Julien réconforta un peu les parents et
les amis, mais le 18 septembre, la voie postale fut fer-
mée aux relations des départements avec la première
ville de France. Oh! la triste nécessité! ohl la cruelle bar-
rière élevée entre ces pauvres cœurs qui gémissaient d'une
absence pareille ! — Alors, on s'évertua à chercher des
stratagèmes pouvant tranquilliser, autant que possible,
les affligés. Les aérostats s'élancèrent dans l'espace,
avec des millions de petites lettres transparentes, aussi
précieuses que courtes; puis, les charmants pigeons-voya-
geurs pleins d'adorable poésie, d'amour ingénu et de com-
plaisance divine, furent invoqués comme des amis puis-
sants; presque comme de célestes courriers, pour domi-
ner, sans crainte, et de toute la hauteur de leur gentille
mission, les phalanges compactes, les bataillons terri-
bles de la race teutoniqne, et porter aux assiégés quelques
lueurs d'espoir sur leurs ailes gracieuses. Mais chacun
sait bien cela, et l'on s'en souviendra toujours.
Par un hiver exceptionnellement rigoureux, les mobiles
de la Drôme campaient, sur la terre glacée, à Auteuil, Ã
Montreuil-sous-bois, Ã Passy, enfin, aux environs de la
capitale. Sous un air sibérien, pénétrant jusqu'aux os,
leur faisant endurer des souffrances inconnues, ils sor-
taient, aux heures nocturnes, pour faire des reconnaissan-
ces, et veillaient, en braves sentinelles, autour des forts
ne demandant qu'Ã se mesurer avec l'ennemi. Ils suppor-
taient tout sans se plaindre, heureux d'avoir leur part des
maux de la France, si rudement éprouvée, et rêvant de la
délivrer enfin !
Mais revenons à la chaumière de Marthe. Un soir de