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UN ANGLAIS QUI PENSAIT PROFONDÉMENT. 455 rendaient désormais inséparables. Ses avaries étaient grandes, mais elles devenaient l'histoire même de la lutte fabuleuse qu'il avait soulenue et du salut que lui devait son maître ; celui-ci donc, loin de songer à les réparer, ne songea plus qu'à les mon- trer avec orgueil, et se promit de les respecter comme on r e s - pecte les déchirures faites par les balles à un drapeau sur le champ de bataille. . . . . Les Anglais pensent profondément ; Leur esprit en cela suit leur tempérament (i). C'est La Fontaine qui l'affirme. L'esprit du nôtre s'était donc trouvé en tel rapport avec la force de son 'tempérament, qu'il avait froidement imaginé de compter les évolulious sur elle-même qu'accomplissait sa personne en roulant à l'abîme, il était allé, nous dit-il, jusqu'à 8/ ; mais à partir de là , les évolutions étaient devenues si rapides, qu'il ne lui avait plus été possible de les nombrer. Une foule toujours croissante nous reconduisit à l'hôtel. M. Jobslhon témoigna généreusement sa gratitude aux guides qui s'étaient employés à l'opération du sauvetage, et les appela, en outre, à partager avec nous le réconfort d'un copieux vin chaud , accompagné de tranches de jambon qui fut accueilli avec une satisfaction d'autant plus générale, que nous avions tous plus ou moins à réparer nos forces. Comme nous devions être rendus le soir même à Suse, et que nous n'avions déjà perdu que trop de temps, le maîlre voiluricr nous harcelait, et nous nous remîmes hâtivement en route. Cette fois, M. Jobslhon renonça à faire l'ascension du Mont- Cenis, à pied. L'impression de voyage qu'il venait de recueillir lui suffisait pour le moment et lui en faisait dédaigner tout au- tre. Il était fort tard lorsque nous arrivâmes à Suse. C'était là que nous devions nous séparer du père Mouton. M. Jobsthon eût ex- cessivement tenu à acquitter son pari pendant que tous les l é - moins étaient réunis, et que nous possédions encore l'aimable compagnon que nous allions perdre dans le bon capucin. Mais (1) te Renard anglais, fable.