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198 LA GUERHE DES ARCHÉOLOGUES. venir que du passé, donnerait tous les cailloux de l'antiquité, même revêtus d'inscriptions, pour une belle et bonne idée neuve et originale. « On ne saurait croire a quel point ce fétichisme du passé est momifiant; et combien les fervents de ce culte devien- nent inhabiles aux conceptions fortes de l'imagination. L'es- prit prend à ce contact la rouille des vieilles choses, il de- vient timide et suranné. Comme il est nécessaire d'entretenir un commerce incessant avec les productions de la pensée que chaque jour voit éclore, pour rester dans le mouvement intellectuel, ces gens-la sont rapidement distancés. Quand, par hasard, ils jettent un regard sur les travaux du temps présent, de quel mépris n'est-il-pas empreint"? Qu'est-ce que ces littératures sans pierres, sans médaiHes vert-de-grisées, sans inscriptions à demi effacées, sans armures rongées, sans bric-à -brac, sans vieux meubles enfumés et moisis, sans textes obscurs et indéchiffrables, sans hiéroglyphes impitoyablement muets pour ces profanes ? De l'observation, de l'analyse, de la psychologie, de la morale, de la philoso- phie , du réalisme! Qu'est-ce que c'est que tout cela, dites-moi? sinon mots vides de sens, ou tout au moins exploités par des gens qui en ignorent la signification véri- table. Mais, nous aussi, nous faisons de la morale, de la philosophie, de l'observation, de l'analyse, de la psycholo- gie, et bien d'autres choses encore, et de plus, nous avons les pierres ! N'est-ce rien?-Quoi de plus réaliste qu'un pavé? « Je suis fâché de me laisser entraîner a cette digres- sion. M. Paul Saint-Olive va dire que son livre m'a inspiré toutes ces réflexions saugrenues, et il en sera péniblement surpris. Au fait, de quel droit me permets-je tous ces beaux raisonnements, a propos d'un volume qui n'est même pas destiné au public? En effet, les Mélanges historiques et litté- raires ont été imprimés à un nombre restreint d'exem-