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HO LETTRES SUR FRIBOURG Le pèlerinage de Notre-Dame-des-Ermites fut à peine interrompu par l'invasion delà Réforme. Quoique Zwingli ait été curé d'Einsideln et qu'il se soit efforcé d'y faire pré- valoir sa doctrine, le séjour des saints repoussa l'erreur, et le sanctuaire de Marie ne subit aucun ravage. Il était ré- servé à la Révolution française d'accomplir l'œuvre de la réforme et de désoler ce lieu. Au mois de mai 1798, les milices du général Schauenbourg pénétrèrent dans le val- lon d'Einsideln, après un combat acharné, et se ruèrent en barbares sur la maison de JJieu. Les offrandes de la piété de dix siècles devinrent en un moment la proie d'une solda- tesque effrénée. Les reliques des saints furent dépouillées de leurs riches ornements et dispersées sur le pavé du tem- ple. L'or et l'argent qui brillaient sur les autels en furent arrachés. L'antique chapelle de la Vierge, consacrée par tant de miracles, fut démolie. On ne réserva que la statue de la Vierge pour la transporter à Paris. Mais ici du moins, Dieu trompa l'attente de ses ennemis , et ne livra à leurs outrages qu'une fausse image La véritable, sauvée à temps par des mains prévoyantes, avait été cachée dans le fond de la Souabe, d'où elle devait bientôt revenir triomphante (1). Depuis on a refait la chapelle avec les matériaux primi- tifs, et bien que ce second sanctuaire occupe un moindre espace que le premier, c'est toujours la chapelle de Saint- Memrad, et la statue qu'on y vénère est toujours la statue donnée par Hildegarde. L'extérieur est en marbre noir et gris, l'intérieur en marbre de couleur. L'autel est en mar- bre de Carrare. Sur le devant un bas relief en bronze doré représente la consécration angélique. Le cloître et l'église constituent un groupe unique de bâtiments qui se présen- tent sur une façade de 414 pieds de long, dont 117 pour l'église et ses deux tours élancées. Tel qu'il est, cet édifice, par sa masse, la régularité de ses proportions, le bon goût de son architecture, serait une magnifique décoration pour (1) Raoul Rochette. Lettres sur la Suisse, t. II.