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ont vu l'animation de la scène, touché les acteurs ; acteurs
eux-mêmes, ils ont passé au travers du tourbillon, payé de
leur personne. Les ressorts qui donnent le branle, les inté-
rêts qui sont en jeu, les passions qui s'agitent dans l'ombre
ou qui éclatent en plein jour, ils s'en sont rendu compte. Leur
raison est plus éclairée, leurs appréciations plus compétentes,
leurs témoignages plus aulhenliques, leurs opinions plus
respectables ; et bien que l'impartialité soit rarement leur
fait, il y a dans leurs esquisses plus de couleurs, de tons,
plus de mouvements réels que dans les tableaux plus savants
peut-être des peintres postérieurs, mais qui n'ont ni vu ni
senti comme eux.
   C'est la ce qui nous procure un charme si grand dans la
lecture de César, de Joinville, de Philippe de Commines. S'il
m'était permis de comparer iEnéas Sylvius à ces trois écri-
vains, je dirais qu'il n'a pas la simplicité élégante de César,
la naïveté flne de Joinville, la sagace bonhomie de Philippe
de Commines, mais je lui accorderais plus d'abondance, de
variété et d'élévation. Les commentaires de Pie II ont, du
reste, cela de commun avec ceux de César, qu'ils ont été
écrits au sein de la vie la plus active qui se puisse concevoir,
en courant, sans prémédilation, au jflur le jour, sous la tente
et au vol de la plume.
   Pour le style, quoi qu'en dise Campsno, je ne pense pas
que ce soit là le côté le plus remarquable de ces mémoires.
Ce n'est pas que le style d'JEnèas Sylvius manque d'origina-
lité ; il en a une môme très-marquée, par la hardiesse et l'é-
nergie, si on le rapproche de celui des écrivains de l'époque;
mais en général il est très-inférieur à celui de César, de
Joinville et de Philippe de Commines. Il ne peut en être au-
trement. Ceux-ci ont écrit dans leur propre langue ; et quoi-
que Joinville et Philippe de Commines n'aient point eu l'avan-
tage, comme César, d'un idiome adulte, perfectionné et clas-