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                                 DE IYON.                                 H3

ments le prouva, une grande prudence et d'habiles ménage-
ments rendaient possible la conciliation désirée. Il fallait donc
s'abstenir de mesures extrêmes. C'est ce qui n'arriva pas.
Dominé par un sentiment de crainte, cédant aussi peut-être à
l'impétuosité toute africaine de son caractère, S. Victor répon-
dit par une excommunication à la lettre de l'évêque d'Ephèse.
   Celte rigueur exaspéra les chrétiens d'Asie ; elle eut un au-
tre résultat, non moins déplorable, celui de mécontenter un
grand nombre d'Eglises parmi celles qui partageaient l'opi-
nion de saint Victor sur la Pàque (1). Heureusement, a côté
de ce pape emporté dans ses résolutions, mais courageux
et plein de zèle, le ciel avait mis Irénée, le sage et pré-
voyant évêque de Lugdunum (2).
   Irénée avait de puissants motifs de répudier la mesure
prise par saint Victor : mille souvenirs le rattachaient à la
Grèce asiatique ; il y avait grandi dans l'amour des Églises
écloses de l'apostolat de saint Jean. C'était ce même épis-
copat, si fatalement exclu de la communion, qui l'avait revêtu
du saint sacerdoce; ce même troupeau, si tristement séparé
des fidèles, qui lui avaient ouvert ses rangs aux jours du
triomphe ou de l'épreuve. Il ne pouvait oublier aucune de
ces chères et mémorables circonstances , mais il ne pouvait
non plus perdre de vue que près de lui, sous ses pas,
l'hérésie, afin d'anéantir la foi qu'il avait apportée, s'em-
parait des coutumes suivies par ses frères de l'Asie hellé-
nique. Irénée, le fondateur et le flambeau de l'Église en
Occident (3), devait la vouloir partout pacifiée, partout vic-

  (1) Eusèb.,lib. v, c. 24.
  (2) Originaire d'Afrique, saint Viclor gouverna l'Église pendant neuf
années, au milieu de circonstances très-difficiles, et reçut, l'an 202, la cou-
ronne du martyre.
   (3) Regionum occidentalinm illuminator et excullor, selon l'expression
d'un Père. (Cf. J.-J. Ampère, Hiet. litl. de la France, t. i, p. 192).
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