Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
[ Revenir aux résultats de la recherche ]
page suivante »
                        DE LA TÊTE-D'OR.                         217

ee mal, il faut nécessairement de la sensibilité, et de la distinc-
tion dans l'imagination. Celui qui sera sous cette influence ne
rêvera jamais de rue Impériale, de palais de la Bourse, et de
concerts d'agents de change autour de la corbeille.
   Le bois de la Tète-d'Or offrait par-ci, par-là, quelques scènes
que la déesse de la pudicite n'eût regardé que d'un œil à peine
entr'ouvert. Aujourd'hui, il faut en convenir, nous sommes beau-
coup plus sages à la surface : nous marchons paisiblement et
ennuyeusement à la suite les uns des autres, dans de petites
allées sablées : nous nous asseyons gravement sur des bancs, au
lieu de nous étendre sur l'herbe, et tranquillement nous regar-
dons passer les innombrables équipages qui contiennent ce qu'on
est sottement convenu d'appeler l'élite de la population. Mais le
diable n'y perd rien : la Rotonde, le Jardin-d'hiver et l'Alcazar,
ont successivement remplacé, avec des circonstances aggra-
vantes, les bosquets de l'île de Chypre,
   Pour moi, qui ai toujours habité le quai Saint-Clair, la Têle-
d'Or était ma campagne : j'aimais à traverser la cour de la ferme
et à voir l'animation qui y régnait. C'était une scène véritable-
ment champêtre, et qui avait d'autant plus de charme que l'on
se trouvait très-près de la ville ; on y voyait des bœufs, des mou-
tons, des poules, des tas de fumiers, des montagnes de fagots et
des hangars remplis de charrettes et d'instruments d'exploitation.
J'allais, à l'époque de la fauchaison, voir rentrer les énormes
chars de foin, sur lesquels étaient pittoresquement groupés des
garçons de ferme. Maintenant, pour apercevoir de semblables
scènes, il faut s'emballer dans un Wagon et courir bien loin.
    Parmi mes souvenirs de la Tète-d'Or, je rappellerai celui de
 la Losne. C'est là où, comme moi, beaucoup de mes contempo-
rains ont appris à nager. Ce petit golfe, perdu au travers des
arbres, était excessivement pittoresque, et Je fond recouvert
d'une couche de sable permettait de se baigner sans se faire mal
 aux pieds sur des galets malfaisants. Le père Bourdillon, vieux
 soldat de Jemmapes, était chargé de surveiller les baigneurs et
 de leur donner aide et protection; le brave homme cumulait
 [e titre d'agent de l'autorité avec celui de professeur de natation.