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DE LA. DIGNITÉ DE L'ART. 191 l'art cherche à fixer et a faire resplendir a tous les yeux ? 11 est certain que notre âme a la faculté puissante de percevoir, repliée sur elle-même, une beauté plus parfaite, soit dans l'ordre physique soit dans l'ordre moral, que celle qui frappe nos yeux. Ce sens intime que chacun renferme en soi d'une perfection que l'activité humaine cherche en vain dans les objets qui nous entourent, il faut en convenir, est une des facultés les plus sublimes de notre âme. En témoi- gnant de son principe divin, elle l'élève jusqu'à la compré- hension des attributs éternels et immaculés de la divinité, et revêt l'art d'un caractère si noble, qu'elle en fait pour ainsi dire l'auxiliaire du sacerdoce et l'associe a tout ce qui, sur cette terre, a mission d'élever les sentiments , adoucir les mœurs et tremper les caractères. Aussi, il appartient au talent de nous montrer la nature telle qu'elle est, mais il n'appartient qu'au génie de nous la montrer telle que nous voudrions qu'elle fût. En un mot, quels que soient les éléments qui constituent le beau idéal, que ces éléments existent épars dans la nature ou qu'ils soient déposés dans l'âme humaine comme un souvenir ou comme une aspiration, il n'est pas moins vrai que, dans la pratique, l'art ne peut se passer de la nature et de son imitation. Autant nous repoussons avec énergie cette imitation comme but, autant nous la voulons sincè- rement comme moyen. Qu'il la choisisse et l'approprie au sujet qu'il traite, rien de mieux ; mais qu'il opère sans elle, se reposant sur des formes acquises, sur des règles éta- blies , ou sur la reproduction d'oeuvres existantes et créées pour d'autres besoins , pour d'autres temps , pour d'autres lieux, pour d'autres mœurs, il forfait a sa mission, tombe dans le poncif et la banalité, et se prépare une décadence prochaine. Ce fut le sort de l'école davidienne qui rendit un immense service a l'art, en le sortant des fades pastorales