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470 RÉYOL'JTION DE SUÈDE EN 1772.
M. deVergennes revient dans toutes ses dépêches a la
corruption étrange qui régnait en Suède. Il est vrai qu'elle
était poussée à un point avilissant; mais elle devait son ori-
gine aux prodigalités de la France, et la France ne cessait de
l'entretenir. Le rôle d'ambassadeur à Stockholm consistait Ã
flatter les factieux, à rassurer les bons patriotes, et à paver
les uns et les autres, qui, divisés sur tous les autres points,
étaient réunis sous celui d'une vénalité et d'une avidité sans
bornes.
Dép. de M, de Vergennes du 21 mai 1772. — N° 74.
.... Le roi de Suéde m'ayant fait appeler hier à une entrevue
secrette, je le trouvai singulièrement affecté et animé; il ne
résistoit plus aux outrages sans nombre que les Etats ne
cessent de lui faire. Sa patience poussée à bout ne lui laissoit
lau, qui est souvent à Potzdam, en est le centre, et l'on ne doute pas que
l'objet ne soit de dégoûter l'Empereur de l'Impératrice, sa mcrc, et de
l'aliéner entièrement de la France. M, de Scheffer n'a pas pu ou n'a pas
voulu me dire si cette vue fait du progrès et jusques à quel point l'Empe-
reur s'en montre susceptible. Mais il ne m'a pas dissimulé que l'animosité
du roi de Prusse contre la France est au plus haut point, que non seule-
ment il ne prend aucune peine de la cacher, mais qu'il l'exhale à tous
propos, et que nous ferions très-bien d'y veiller, et surtout à Vienne, où il
seroit à désirer que nous eussions un ambassadeur plus à portée que ne
peut l'être un ministre du second ordre, d'éclairer et d'approfondir la
façon de penser et la conduite de l'Empereur ; il est assez adroit au roi de
Prusse de vouloir tourner l'ambitipn de l'Empereur contre la France, mais
il me paroit bien improbable que ce prince puisse s'égarer au point de mé-
connoitre dans le roi de Prusse lui-même le véritable ennemi de sa maison
et de sa grandeur. »
Ce fut à cette époque que M. le duc d'Aiguillon parvint au ministère
des affaires étrangères. Il fut aussi mauvais ministre qu'il avait été habile
fripon. Ses lettres particulières aux ministres dans les cours étrangères
sont remarquables par les petites vues, les faux raisonnements et l'obscurité
du stile. Il dut son élévation à la protection de Madame Dubarry, Elle fit
disgracier M. le comte de Choiseul.