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AU XVIIIe SIÈCLE. 215 étrangers qui, comme Voltaire, vinrent se faire recevoir en séance publique et prirent part à nos travaux. La réception de l'avocat-général Servan, un des magistrats du xvme siècle qui s'acquirent le plus de gloire par leurs efforts pour faire pénétrer dans les lois les progrès de la raison et de la philosophie, fut aussi pour l'Académie un jour de fête et d'enthousiasme. Servan prononça a l'Hôtel- de-Ville, devant une foule empressée, un discours publié dans ses œuvres sous le titre d'Essai sur les progrès des connaissances humaines en général, de la morale et de la législation en particulier. La , sous une forme un peu déclamatoire, se rencontrent tous les sentiments généreux, toutes les idées de progrès et de liberté du xvme siècle et, a la veille des plus terribles catastrophes, toutes ses illusions de paix et de bonheur. La politique- qui bientôt allait tout envahir, déjà prenait place dans un discours académique et l'orateur parla en termes si pathétiques de la retraite de Necker, qu'il arracha, dit-on, des pleurs à l'auditoire. Vous avez vu dans la petite église d'Oullins le marbre fu- néraire de l'auteur de YEloge de Marc Aurèle et de Des- cartes. Thomas, âgé et souffrant, à son retour de Nice, au mois de mai 1785, s'était arrêté a Lyon et avait loué a Oui- lins cette même maison de campagne qui fut depuis le séjour de Jacquard. Mais quelle horrible nouvelle vient l'arracher à cette douce retraite ! Ducis son ami, qui seul manquait à son bonheur, Ducis qui se rendait auprès de lui, a fait une chute affreuse dans les montagnes de la Savoie. Aussitôt oubliant son âge et ses infirmités, Thomas, avec un médecin, avec une berline où un lit était disposé, vole a son secours. Grâce aux soins de Thomas et de sa sœur, bientôt Ducis est hors de danger, et je laisse a penser quelle fut la joie de ces deux amis si tendres réunis pendant tout un été dans cette ravissante campagne d'Oullins, et au sein de l'Académie de