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44                  LE PÈRE DE LA CHA1ZE.
solution de ruiner la favorite, pour rétablir la bonne harmonie
entre Louis XIV et la reine. Noble but qu'elle finit par atteindre,
en agissant au grand jour, avec loyauté, prudence et persévé-
rance, de concert avec le Père de la Chaize et Bossuet. En di-
sant « qu'il n'y a rien de plus habile qu'une conduite irréprocha-
ble, » madame de Maintenon a fait d'un seul mot l'abrégé de
sa vie.
   Elle ne cachait même pas à madame de Montespan le fond de
sa pensée ; elle faisait éclater avec force à ses yeux ce qu'il y
avait d'irrégulier dans sa conduite ; et, plus d'une fois, la mar-
quise, après avoir écouté ses sages exhortations, ne put déguiser
ses remords. « Venez me voir, lui écrivait-elle, mais surtout ne
promenez pas sur moi ces grands yeux noirs qui m'effrayent. »
   Bourdaloue était du complot ; il prêcha à Versailles, et Louis
fut si pénétré de l'austère vertu de sa parole, qu'il ordonna sur
le champ à madame de Montespan de se rendre à sa terre de
Clagny. Le Père de la Chaize entretint le roi dans cette heu-
reuse résolution, d'un commun accord avec Bossuet qui se
rendait en poste tous les soirs auprès- de la marquise afin de la
fortifier dans les mêmes sentiments. Le premier jour, madame
de Montespan s'emporta en reproches amers ; mais voyant que
le prélat était inébranlable, elle essaya de le séduire par l'appât
de l'ambition. Ce fut en vain; Bossuet resta ferme et digne.
   Le roi fit ses dévotions et alla se mettre à la tête de son ar-
mée de Flandres, le 10 mai 1075, sans avoir revu madame de
Montespan.
   Le jour de son départ, il aperçut Bourdaloue et lui dit :
« Mon Père, vous devez être content de moi, madame de Mon-
tespan est à Clagny. »
   — « Oui, sire, répondit Bourdaloue d'un ton plein de respect
et de gravité ; mais Dieu serait bien plus satisfait si Clagny était
à soixante-dix lieues de Paris. »
   Pendant ce temps-là, Bossuet écrivait au roi pour le raffer-
mir dans ses bonnes dispositions, et le Père de la Chaize, qui
l'avait accompagné au siège de Dinan, le secondait de son mieux
par sa parole persuasive.