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AU XVIIIe SIÈCLE. 27 turer la langue et le style , par en faire un instrument com- plètement muet entre les mains d'un poète , d'un homme d'imagination. Il n'a pas cessé depuis sa naissance de faire la guerre aux lettres , et déjà il a diminué considérablement, dans notre pays, l'esprit littéraire qui faisait notre gloire, et qui constitue la grandeur réelle de l'être intelligent et moral. De quelque façon qu'on le juge , cet esprit scientifi- que , devenu l'esprit industriel, n'en est pas moins le fait capital de notre époque, et son premier avènement date du XVIIIe siècle. C'est vers ce but intellectuel que se dirigeait tout le travail de l'époque , comme il se dirigeait, dans l'ordre des faits , vers la Révolution. Si donc on apprécie la littérature de ce temps , dans ce qu'elle était en réalité , c'est-à -dire une grande machine de guerre dressée contre l'ancien monde , on doit reconnaître qu'elle a possédé toutes les qualités qui devaient la rendre irrésistible ; elle eut, dans cette guerre , une disci- pline , une unité d'action sans pareille dans l'histoire. Mais si on applique , aux productions de son génie , les lois éternelles avec lesquelles on doit juger la poésie et les arts, depuis Homère , Sophocle et Phidias jusqu'à Corneille, Racine , Lesueur et Poussin , on sera obligé de confesser que le XVIIIe siècle est dépourvu d'art et de poésie. Mais la poésie devait jeter encore un vif éclat sur la langue française , et au moment même où le style et la forme poétique semblaient le plu:; complètement ruinés parmi nous, un charmant génie , né sous le ciel de la Grèce , allait renouveler le trésor de notre imagination en puisant dans cette source éternelle du beau que nous garde l'anti- quité hellénique ; André Chénier retrouvait la forme du vers , au moment ou Chateaubriand allait ressusciter parmi nous . avec le sentiment religieux , le principe même de la pensée poétique. Victor de LAPRADE.