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502 BIBLIOGRAPHIE. premier, la jeunesse épanouie chaule l'hymne matinal avec lous ses rêves, ses fervents enthousiasmes, ses exubérances même -, elle l'ait explosion dans le monde et dans les choses à la façon d'une bombe qui disperse sur une grande surface ses retentissants éclats. Dans le second, on sent l'homme mûr, le cœur encore chaud mais désabusé, qui concentre ses pensées, ses espérances, ses impressions, et les fait converger vers un but précis el limité, l'utile, le bien, la science des choses et des êtres. Le poète devient philosophe positif et moraliste, il sonde avec ardeur les horizons vastes el voilés qui sont pour les penseurs le centre d'attraction définitif et dernier ; l'âme, la fin suprême , la loi de l'homme et des choses, l'amélioration des sociétés, l'extension du bien-être T la définition du bonheur ; quelquefois même, l'auteur se hasarde sur le terrain de la politique el de l'histoire. comme dans la pièce adressée, à M. Balleydicr à propos du siège de Lyon Mais, en dehors de ce cadre austère et sérieux, le poète revient souvent à ses premières amours de botaniste, et il demande à la Flore de fréquentes inspirations, avouons même qu'il en abuse trop encore et qu'il devrait être plus sobre qu'il ne l'est des mots techniques et des descriptions scienti liques. M. Uaslide a trop de qualités lyriques pour s'oublier aussi souvent qu'il le fait dans les froides régions du genre didactique. Tl est vrai qu'à la façon dont il habille ce défaut, il le rend parfois si séduisant, comme dans la charmante et remarquable boutade mise Désœuvrés, qu'on n'a pas alors le courage de le blâmer. L'auteur peint souvent avec bonheur ; sa palette est riche, son pinceau sûr. 11 le prouve surabondamment dans ces deux pièces : Avignon et VOc- r-Manie, où il fait jaillir sous une forme très-accusée la physionomie carac- téristique de quelques villes du midi. On y sent aussi le souffle de l'ar- chéologue. Nous parlions tout à l'heure des idées grandes et positives du poêle, de ses idées humanitaires. Ecoutez sous quelle forme il les traduit dans cette pièce de premier ordre adressée sous le nom de Souhaits à M. Eugène •louve : Oh! si j'avais la voix de nos divins poètes, Pour peindre cet enfer de tortures muettes. Cet abîme éternel d'inextinguibles maux, De mes lèvres de feu ruisselleraient les mots 1 J'emploîrais, tour-à -tour, l'ardente métaphore Illuminant l'esprit comme un jet de phosphore, La strophe sibyline, et les rhythmes brûlants Qui jaillissent de l'âme en sublimes élans. Et peut-être qu'alors, des mortels entendue, Ma prophétique voix ne serait pas perdue ! Peut-être qu'attendris à mes vibrants accords, Du drame famélique affranchissant le corps, Ceux qui trônent par droit de primogeniture Ou du champ-clos du vote ont surgi par bouture, Comme notre Empereur, des biens que Dieu départ Endetteraient sur tous la salutaire part, Rompraient le cadenas des puits que leur main scelle Pour étancher nos soifs de paix universelle, Et, des fusils guerriers croisant les vieux faisceaux, Rafraîchiraient nos fronts de verdoyants arceaux ! Alors nos yeux verraient briller enfin cette ère Que l'IIomme-Dieu promit aux enfants de la terre : Sainte communion d'êtres déshérités, Principes d'avenir, tant de fois avortés,