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346                  ESTIENNE DU TRONCHET.
mode du temps une missive, et je ne mettrais pas la main au
feu que, dans certaines occasions délicates, il n'en ait remis plus
d'une secrètement et en personne.
    En échange de ces petits services, qui étaient aussi sans doute
une importation italienne , du Tronchet recevait des cadeaux de
toute sorte. D'ailleurs, secrétaire des d'Albon et plus tard de
Catherine de Médicis, il dut en recevoir aussi, en récompense
des faveurs que l'on pouvait devoir à son entremise. Notre
homme ne cesse d'énumérer avec la plus grande complaisance
tous les dons qu'on lui fait : manteaux de damas fournis de pas-
 sements d'argent, chevaux, haquenées, chaînes d'or, robes de
 prix, coupes d'argent, lévriers bien découplés et de race, bourses
 qui regorgent, vins du Lyonnois, tout jusqu'aux jambons , il
 n'omet rien de ce qui peut donner l'idée à ses lecteurs de lui en
 octroyer autant. Mais de tout cela bientôt il ne reste que la fu-
 mée, tant il a grand appétit.
     « Je me ris, dit-il quelque part, de l'augure que vous me faites,
 u sur l'instabilité de mon avoir, puisque vous sçavez bien que si
 « les pyramides d'Egypte m'estoient de revenu annuel, je les
 « aurais aussi tost faict mobiles que la mobilité du vent. »
     « Monsieur, écrit-il à un de ses fournisseurs de comestibles ,
  « le présent que vous m'avez envoyé des jambons, des pastez,
  « et de vins, n'est pas seulement gentil, noble et seigneurial,
  « mais je le treuve royal, impérial, pontifical. »
     Ses moyens d'existence étaient des plus restreints : « Je ne
  « me trouve autres facultez que celles que j'ai bien petitement
  « assemblées, par un bon nombre de grands et honorables ser-
  « vices, joinct ce peu que ma femme y a adjousté de son dou-
  < aire. »
   (
     Sur la fin de sa vie, il s'écrie assez piteusement :
     « Ayant d'une part et d'autre, par continuels services de sei-
  « gneurs, tantost sous l'un, tantost sous l'autre ciel, passé mes
  : fascheusesjournées; je ne peux bonnement dire avoir vescu. »
   <
      Souvent dans ses lettres il se plaint de son état de gène, et
  lorsque parfois il a pu s'y soustraire, il laisse échapper ce cri de
  délivrance : « Or maintenant qu'avec la grâce de Dieu, je suis