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522                      RÉTIF DE LA BRETONNE.
alors machine de guerre contre la société féodale. Ici, elle est battue en brèche
avec le bélier encyclopédique j là, Crébillon fils, Dorât, Parny et d'autres lui
jettaient dans le combat les immondices dont ils se souillaient eux-mêmes.
Pour comprendre tout ce qu'il y avait de convictions ardentes dans l'âme de
ce siècle, examinez le résultat. C'est la Révolution. Est-ce qu'elle procède
du scepticisme, par hasard? Quelle assemblée au monde a jamais été plus
dogmatique, plus résolue dans ses affirmations philosophiques et politiques
que l'immortelle Constituante de 89 ?
   Je me suis parfois demandé quelle figure auraient fait dans le monde de
Condillac, de Rousseau, de Laharpe, de Linguet, de Fréron, de Buffon, la
théorie de l'éclectisme et celle de l'art pour l'art. Voltaire aurait bien ri de la
première et Diderot de la seconde. Ils auraient préféré, j'en suis sûr, le specta-
cle deNicolet aux parades littéraires que M. Janin exécute tous les lundis depuis
vingt ans, à la satisfaction générale du public contemporain, et M. Gauthier
ne les aurait pas convertis au culte de la métaphore. A quoi tout cela sert-
il? où est le b u t , auraient-ils dit? Agitez des grelots tant que vous vou-
drez, mais que ce soit pour' nous mener quelque part. Ne pirouettez pas
ainsi sur vous-même, un tambour de basque à la main. La pirouette pour la
pirouette est indigne de l'homme.
   Avant d'entrer plus avant daus l'exposition des théories réformatrices
émises par Rétif, je voudrais mettre à nu la méthode psychologique, telle
qu'elle m'apparalt, car si notre auteur, habituellement ennuyeux, est ori-
ginal par un côté, c'est par celui-ci, c'est par son obstination invincible à
traduire la moindre de ses observations en règlement, en projet ! Le roman-
cier est doublé, sinon d'un philosophe ou d'un homme d'Etat, du moins d'un
préfet de police. Exemple : a-t-il vu dans une famille l'éducation d'un enfant
prospérer, parce que le hasard a placé dans la même maison un autre enfant
de condition inférieure qui excite par sa présence l'émulation du premier?
Immédiatement, Rétif élabore un règlement pour mettre en exercice cette
émulation. Une autre fois, il s'aperçoit que des amants se sont bien trouvés
d'avoir fait connaissance en s'envoyant leurs portraits, comme cela se pra-
tique entre princes et princesses de cours différentes; aussitôt, nouvelle
théorie, nouvelle ordonnance, voilà le procédé daus toute sa simplicité. Qu'il
engendre les contradictions, les puérilités, les niaiseries et surtout l'ennui,
il ne faut pas s'en étonner. Rétif n'est que bizarre. Or la bizarrerie ne doit
pas être confondue avec la fantaisie : l'une n'est qu'une difformité du carac-
tère, une lésion de la volonté, et l'autre est la grâce de l'imagination ; elle a,
je crois, été définie quelque part: un sylphe né du mariage de l'imagination
 et de l'esprit.