page suivante »
506 DES PREMIERS SIÈCLES les. Je me représente leur conquête et le travail de leur domi- nation comme la conquête, comme le travail de la domination française en Algérie. Des deux côtés, c'est une armée conqué- rante et qui apporte avec elle sa civilisation. Les tribus errantes ou mal attachées au sol se fixent, se disciplinent ; la propriété imparfaite est complétée par les lois. La sécurité nait ; les re- lations s'établissent, les villes s'élèvent, et le lent travail de l'ad- ministration vient, à travers des peines infinies, consacrer l'ac- quisition faite par la mère-patrie, et implanter à tout jamais sur une terre qu'un sang glorieux a fécondé, une civilisation dont les monuments, quoiqu'il arrive, ne périront plus. Ne croyez pas, Messieurs, que cette comparaison soit forcée et vaine. Ne m'objectez pas que la civilisation que la France porte avec elle en Afrique est la civilisation chrétienne. Rome a aussi porté le Christianisme dans les Gaules ; c'est elle qui y a établi une église dont elle a proclamé la liberté avec Constantin et la toute - puissance avec Théodose ; c'est par cette église que la société a été régénérée dans ses mauvais jours, et qu'à la chute de l'Empire le dépôt des institutions ro- maines a été conservé. Les évêques héritèrent d'une partie des pouvoirs publics, qui étaient aussi dans la société antique des pouvoirs religieux ; les propriétés et les charges des curies pas- sèrent aux établissements ecclésiastiques, et le droit canonique garda les lois impériales à peine modifiées. Quand l'Empire tomba déchiré par un siècle de guerres civiles, quand les inva- sions, franchissant de nouveau la barrière qu'elles avaient long- temps respectée, recommencèrent à mettre la civilisation en danger, l'Eglise lui servit d'abri; elle la sauva avec la langue et les traditions des vaincus ; elle fut l'asile de la société ébranlée ; elle enchaîna à son tour les nouveaux barbares, et entreprit de refaire avec leurs mains le gouvernement qu'ils avaient renversé. Nous voici arrivés à ces temps obscurs qui, du Ve siècle au Xe, ont fait le désespoir de nos historiens. Temps en effet où l'a France est deux fois presque couverte de ténèbres, et où la lu- mière qui éclaire sa marche devient incertaine. Elle ne s'éteint pas cependant. Dès le cinquième siècle, tandis que les anciens