page suivante »
122 DE LA VÉRITÉ vraie et si légitime, a ému tous les cœurs. La tradition désignait une grotte, dans le jardin botanique de Montpellier, comme le lieu où reposent les restes de Narcissa, et y attirait tous les An- glais parcourant le midi de la France, à la grande satisfaction du concierge, qui leur vendait, à un très-haut prix, les reliques de leur infortunée compatriote. Mais, depuis quelque temps, les prétendues têtes de Narcissa, devenues aussi nombreuses, en Angleterre, que celles de Mme de Sévigné, les plumes et les cannes de Voltaire, avaient commencé à jeter quelque doute sur la véracité des récits du concierge, lors- qu'on 1832, parut, dans la Revue de Paris, t. XXXVII, p. 176, un article de M. A. de Terrebasse, qui fit connaître toute la vérité. L'auteur prouva .- 1° Que c'était sa belle-fille, Eliza Lee, et non sa fille, que Young avait pleurée, sous le nom poétique de Narcissa ; 2° Que c'était à Lyon qu'elle était morte, et non à Mont- pellier ; 3° Que jamais une sépulture ne lui avait été refusée, puis- qu'elle avait été inhumée à l'Hôtel-Dieu de Lyon, dans un cime- tière spécialement affecté aux protestants (1). M. de Terrebasse s'appuyait sur la découverte qu'on a faite, dans notre hôpital, de la pierre tumulaire de la jeune Eliza Lee, ainsi que sur l'acte de son inhumation, existant encore dans les (i) Ce cimetière se trouvait au centre de notre Hôtel-Dieu. Il a été con- verti, depuis quelques années, en jardin médicinal. Il n'y reste plus debout qu'une seule pierre tumulaire, qui indique l'ancienne destination de ce ter- rain. Les autres ont fait place à de nouvelles constructions, à des plates- bandes de sauge, de romarin, et sont allées s'entasser pêle-mêle dans un angle, derrière un mûrier d'Espagne, C'est là qu'on découvrit l'épitaphe de la belle-fille d"ïoung, gravée sur une table de marbre noir. Convertie en dalle par quelque employé subalterne, et livrée à l'action de la pluie et du soleil, cette pierre ne se laisse plus lire qu'avec beaucoup de peine. M. de Terre- basse en a donné un fac-similé, qui aidera à la retrouver dans le lieu plus convenable où M. le docteur baron de Polinière, administrateur chargé de l'intérieur de l'Hôtel-Dieu, vient de la faire replacer.