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22 MONOGRAPHIE HISTORIQUE ils ont semé quelques objets de leur riche industrie et de leurs arts merveilleux, si recherchés des autres peuples et des Romains eux-mêmes ; il en serait de même en raisonnant sur des étymologies plus ou moins grecques, car les noms de locali- tés se prêtent facilement à des interprétations spécieuses, et cette onomancie est loin d'avoir la gravité d'une preuve ; c'est tout au plus si elle peut être présentée comme induction sérieuse. Tacon Bacon a signalé dans le Bugey des vestiges phocéens. Le culte d'Isis lui paraît y avoir été introduit par les Grecs qui l'avaient reçu des Égyptiens, d'où il induit une colonie grecque. Isinave, Isernore, Isieux offrent à ses yeux des dé- nominations commémoratives en l'honneur de cette divinité. On sait qu'elle présidait à la navigation et qu'on lui donnait un navire pour attribut. Ce navire, il le trouve précisément dans le haut Bugey. Isinave, Isidis navis, lui apparaît comme une consécration littérale de la nef d'Isis. Bien plus, ce na- vire aurait encore sa consécration monumentale dans le voi- sinage, à Brenod, réputé pour sa belle auge de pierre en forme de nacelle, employée de temps immémorial à recevoir les eaux de la fontaine publique. Guichenon l'a décrite, en effet, comme une rareté -, suivant lui, ce monolithe avait soixante pieds de longueur et sept de largeur. En 1572, lorsqu'on voulut l'utiliser, on aurait employé cent soixante-cinq paires de bœufs pour le transporter à Brénod , attelage aussi fabu- leux que la dimension du monolithe dont personne n'avait le souvenir au commencement de ce siècle. Suivant toute ap- parence, cet antique bassin serait le même qui reçoit actuel- lement les eaux de la fontaine ; c'est une auge de vingt-cinq à trente pieds de longueur, dimension fort remarquable, exa- gérée par Guichenon d'après des renseignements inexacts. Finalement, Isinave n'a aucun monument de ce genre; et comme celui de Brénod n'est pas d'un facile transport dans