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14 MONOGRAPHIE HISTORIQUE brisée ; elle n'existe plus que dans la mémoire des vieillards de la localité, et les témoignages en sont devenus si vagues et si douteux, que l'on ne peut plus constater, que par la tra- dition ancienne, le caractère de ce monument. D'après les renseignements recueillis et la description qui en a été faite par un archéologue qui a vu cette pierre avant son déplace- ment et sa destruction , il paraît qu'elle présentait les indices non équivoques du culte druidique ; il est donc constant qu'elle n'a point été imaginée par analogie de pierres sem- blables, remarquées dans d'autres provinces et dont l'authen- ticité celtique n'est pas révoquée en doute , puisque la lé- gende populaire sur la pierre qui vire de Dortans est fort ancienne dans le haut Bugey, antérieure aux études archéo- logiques des monuments celtiques. En effet, d'autres pierres identiques ont été constatées dans d'autres provinces de France. On lit dans les notes dont M. Eloi Johanneau a enrichi le livre de M. de Cambry, que, entre Pont-de-Voy et le château du Rocher, on visite une pierre nommée la pierre de minuit; le peuple croit que , pendant la messe de minuit, à Noël, elle fait un mouvement de rotation. Pa- reilles pierres étaient à Saint-Bohain , près de Blois, et au village de Morancez , dans un parc , près de Chartres ; les habitants les nommaient la pierre qui tourne. Ces légendes superstitieuses doivent être rapportées aux époques primi- tives du christianisme , alors que, s'asseyant sur les débris de l'idolâtrie, il s'attachait à en effacer les traces par la substitution de son propre culte. C'est ce qu'avaient fait les Romains après la conquête des Gaules, comme j'aurai l'occasion , dans le cours de cette dissertation , d'en faire la remarque. Le deuxième bloc auquel on attribue une origine celti- que se trouve sur le rivage du Rhône, près de Culoz, sur le Jan, monticule au pied du Colombier , la montagne la plus